Chats persans (Les)

Réalisé par Bahman Ghobadi (2009)

Drame musical
Chats persans (Les)
Durée 106 minutes
Sortie 23/12/2009
Note 6/10

A sa sortie de prison, le jeune musicien iranien Ashkan ne rêve que d'une chose : quitter Téhéran et vivre en toute liberté de sa musique à l'étranger. Avec sa copine Negar, il tente d'obtenir des passeports et des visas, afin de jouer à un festival à Londres avec leur groupe pas encore au complet. Dans un studio d'enregistrement, ils font la connaissance de Hamed, qui promet de les aider avec leurs papiers et leur propose d'organiser un concert avant leur départ, prévu une dizaine de jours plus tard.

La critique

Par Tootpadu 29/10/2009

De l'Iran, nous ne connaissons que ce que les médias occidentaux et le cinéma national veulent bien nous en montrer. Essentiellement, cet état des lieux se borne à des films dont la forme n'est dépassée en austérité que par les décors, et à deux ou trois sujets porteurs, comme le nucléaire, les tremblements de terre ou la révolte populaire suite à l'élection présidentielle, qui reviennent à l'ordre du jour à un rythme cyclique. L'Iran est bien plus divers et complexe que cet aperçu sommaire voudrait nous le faire croire. Grâce au cinquième film à sortir en France du réalisateur Bahman Ghobadi, nous avons l'occasion de découvrir la jeunesse citadine d'un pays, dont le style de vie ressemble de plus en plus au nôtre, à une exception cruciale près.
Les prises d'une ville, bien plus moderne que les villages kurdes que Bahman Ghobadi avait l'habitude de filmer dans ses films précédents, n'ont pas pour vocation de cacher le malaise de la jeunesse qui y habite. Le contraste entre Téhéran et une métropole sud-européenne quelconque est au contraire exacerbé par le musellement que subissent les artistes vaguement contestataires. Ce petit détail modifie tous les paramètres existentiels d'une jeunesse, qui ne se contente pas uniquement de consommer les produits venus de l'Ouest, mais qui veut aussi pouvoir s'exprimer à travers sa musique comme bon lui semble. L'impératif de l'autorisation gouvernementale n'opère que d'une manière sournoise. Mais il conditionne toute la façon d'être, de penser et d'agir d'Ashkan, Negar et les autres. Et il fournit accessoirement, par son importance incontournable, le prétexte dramatique pour l'intrigue du film.
Car Les Chats persans est principalement conçu comme un enchaînement désinvolte de morceaux musicaux, censés refléter autant l'essence de la ville que les interrogations des protagonistes, déchirés entre la volonté de partir et l'incertitude quant à la faisabilité de leur plan. Formellement, ce film correspond de même à un nouveau départ pour Bahman Ghobadi, dont le style ne nous avait pas frappé jusqu'à présent par sa fraîcheur décontractée. En dépit de la nature sérieuse de son sujet, le film nous rappelle presque les débuts de Cédric Klapisch, lorsque ce dernier savait encore conter en toute légèreté une histoire pas sans gravité, comme dans Chacun cherche son chat par exemple. Rythmé par des sortes de clips improvisés et guère stylisés, le récit arrive ainsi à nous subjuguer par le regard sans préjugés qu'il porte sur une jeunesse iranienne en manque de liberté et de reconnaissance.

Vu le 28 octobre 2009, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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