Rachel

Réalisé par Simone Bitton (2009)

Documentaire
Rachel
Durée 104 minutes
Sortie 21/10/2009
Note 6/10

En janvier 2003, l'étudiante américaine Rachel Corrie arrive en Israël. Elle se rend sans tarder dans les territoires palestiniens occupés de la bande de Gaza, près de la ville de Rafah. Avec d'autres militants étrangers du Mouvement International de Solidarité, Rachel cherche à empêcher la création d'un no man's land entre le mur de séparation avec l'Egypte et les habitations des réfugiés palestiniens. La tactique du bouclier humain sera fatale à la jeune femme de 23 ans, qui est écrasée par un bulldozer le 16 mars 2003, au cours d'une opération de blocage des commandos d'aplanissement du terrain, effectués par l'armée israélienne.

La critique

Par Tootpadu 02/10/2009

Le deuxième documentaire que Simone Bitton a réalisé pour le cinéma, après le remarqué Mur sorti il y a cinq ans, évite tout jugement hâtif dans une affaire, qui inviterait sans peine à un apitoiement sur la pauvre victime, fauchée en pleine jeunesse, et à une condamnation des vilains occupants. Même si les sympathies de la réalisatrice ne font pas de doute, elle se garde de mettre en avant sa propre opinion. Les discours et les faits parlent amplement pour eux-mêmes dans cette évocation plutôt poignante d'un aspect nullement anecdotique du conflit, qui oppose hélas depuis des décennies le peuple israélien aux Palestiniens. La situation dans la bande de Gaza a sensiblement empiré depuis six ans. Mais la disparition, accidentelle ou préméditée, de la jeune militante américaine résonne encore à travers le temps, comme une invitation à l'espoir et à l'opposition contre l'injustice sous toutes ses formes.
Le combat que Rachel Corrie et les autres militants avaient mené en faveur des familles palestiniennes brutalement expulsées de leurs maisons aurait de quoi faire sourire par sa naïveté et son innocence idéaliste, s'il ne reflétait pas aussi bien le potentiel inhérent à chacun d'entre nous, de s'insurger et de se mobiliser pour ceux, nombreux dans le monde, qui n'ont pas eu les mêmes privilèges que nous. Alors certes, la présence dans des endroits dangereux de civils militants, qui ne sont armés que de leur bonne volonté et d'un code de conduite pacifiste, n'aboutira jamais exclusivement à la solution de conflits aux bifurcations historiques, politiques et économiques complexes. Mais la mort de Rachel Corrie, aussi tragique soit-elle et même six ans après, permet d'envisager la guerre en sourdine entre Israël et les Territoires palestiniens sous un autre jour. Pour commencer, sans son sacrifice, probablement involontaire de la part des deux camps opposants, ce documentaire n'aurait pas existé.
La nature même de l'opération, qui s'était si mal terminée pour Rachel, soulève la question de la validité d'un engagement, que l'on soupçonne vain dès le départ. Toute personne raisonnable ne penserait même pas d'aller dans la zone à haut risque, qui est désormais le no man's land voulu par l'armée israélienne, en dépit des actions valeureuses du Mouvement International de Solidarité. Toutefois, céder au bas instinct de survie et de contournement des difficultés, ce serait jouer sans la moindre résistance le jeu de ceux et celles, qui cherchent à imposer leur loi martiale auprès d'une population civile sans défense. La véritable attitude de contestation, c'est de ne pas se laisser intimider par le statu quo, instauré par des hommes qui n'avaient sans doute pas le bien-être de la collectivité à l'esprit, lorsqu'ils ont instauré les hiérarchies de notre monde soi-disant civilisé. Alors oui, même si Rachel Corrie est morte en quelque sorte en vain et qu'il n'y a point d'espoir réaliste d'une amélioration de la situation, comme l'admet indirectement l'anarchiste israélien vers la fin, le combat doit continuer !
A l'image de sa héroïne, Rachel a donc réussi à nous inspirer de telles tirades peut-être un peu nébuleuses, en dépit de sa facture assez classique et de quelques actes mineurs d'incivilité pendant la projection, qui nous ont rappellé plus que jamais, que les gens aveuglement convaincus de leur propre superiorité se trouvent bien plus près de chez nous qu'au Moyen Orient.

Vu le 1er octobre 2009, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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