Jeux de pouvoir

Jeux de pouvoir
Titre original:Jeux de pouvoir
Réalisateur:Kevin Macdonald
Sortie:Cinéma
Durée:127 minutes
Date:24 juin 2009
Note:
Le même jour que le député Stephen Collins doit ouvrir une commission d'enquête parlementaire sur la sous-traitance du budget de la défense à l'entreprise PointCorp, son assistante et chef-enquêteuse Sonia Baker meurt dans un accident de métro suspect. Tandis que la presse se délecte du scandale qui éclate autour de la relation extra-conjugale entre Baker et Collins, ce dernier cherche de l'aide auprès de Cal McAffrey, un ami de ses jours d'étudiant et le journaliste vedette du Washington Globe. Associé à la jeune et ambitieuse Della Frye, la responsable du blog de son journal, McAffrey rassemble les pièces du puzzle sur le probable meurtre du bras droit de son ami d'antan.

Critique de Tootpadu

A l'exception notable de La Mort suspendue, tous les films du réalisateur Kevin Macdonald, peu importe qu'ils relèvent de la fiction ou du documentaire, mettent en relief un dysfonctionnement majeur de l'humanité. La prise d'otages sanglante de Munich dans Un jour en septembre ou le destin des monstres Idi Amin et Klaus Barbie, dans Le Dernier roi d'Ecosse et Mon meilleur ennemi respectivement, fournissent une matière dramatique forte pour ses films invariablement engagés. Pour son premier film réellement américain, le réalisateur écossais s'attaque à deux vaches sacrées de cette culture prédominante : la presse et la politique.
Visiblement inspiré par les oeuvres contestataires des années 1970 en général, et par Les Hommes du président d'Alan J. Pakula en particulier, Macdonald élabore avec application et finesse un récit fictif à partir de deux faits divers apparemment sans lien. Les pistes de l'enquête y changent au moins aussi souvent que les alliances entre les participants, Russell Crowe en tête dans le rôle agréablement peu glamoureux d'un investigateur de la vieille école. Au fur et à mesure que les ruses éprouvées de McAffrey et la détermination de Frye découvrent de nouvelles implications dans cette affaire à première vue banale, les certitudes s'effacent, d'une manière presque abusive vers la fin et son doublement de coups de théâtre. Prenant le rôle ambigu et forcément déformant des médias comme appui et le scénario plutôt solide de Matthew Michael Carnahan, Tony Gilroy et Billy Ray comme support, Kevin Macdonald interroge le fonctionnement tendancieux de notre culture de l'information, qui devient vite de la désinformation, dès qu'elle obéit aux considérations matérialistes à petite (l'attrait commercial du journal) ou à grande échelle (le budget faramineux des dépenses publiques qui va sans trop de détours dans la poche des groupements économiques puissants, comme l'industrie de l'armement ici ou les banques dans la vraie vie).
Malheureusement, Jeux de pouvoir n'a pas le courage d'aller jusqu'au bout de ses convictions et dillue son message par des revirements de dernière minute, qui embrouillent le récit plus qu'ils ne lui confèrent de l'ampleur. De même, le bagage filmique de Kevin Macdonald en termes de narration s'avère une fois de plus au mieux convenable. Multipliant les montages parallèles approximatifs et les séquences sans conclusion poignante, le réalisateur montre une fois de plus qu'il n'est pas encore un maître, lorsqu'il s'agit d'attribuer à l'ensemble de son film un rythme haletant, qui serait à la hauteur de ses ambitions. Car en dépit de sa distribution prestigieuse et ses bonnes intentions, ce film nous fait surtout regretter ce qu'il aurait pu être, avec une réalisation plus pointilleuse et moins de tergiversations scénaristiques.

Vu le 16 juillet 2009, à l'UGC Ciné Cité La Défense, Salle 5, en VO

Note de Tootpadu:

Critique de Mulder

Le thriller politique est un genre qui fut très présent dans les années 1970. Les hommes du président (1976) et Les 3 jours du condor (1975) furent consacrés notamment par une critique unanime mais aussi par un succès public considérable. Ces films mettaient toujours en avant la lutte entre un, voire deux hommes foncièrement intègres et un système corrompu de l'intérieur. De nos jours de tels films sont une denrée rare, car les réalisateurs ne sont plus aussi libres et doivent rendre des comptes à leur producteur. Ce film est donc exemplaire à plus d'un titre, car non seulement pendant plus de deux heures nous suivons pleinement cette affaire politique, mais surtout nous prenons fait et cause envers le personnage interprété par Russell Crowe. Il ne faut pas non plus oublier que Jeux de pouvoir est la version cinéma d'une mini-série britannique de six heures. L'action est transposée de Londres à Washington.

L'autre rôle principal du film est tenu par un Ben Affleck en grande forme, qui nous montre qu'il peut être un grand acteur, s'il est dirigé par un réalisateur chévronné. Kevin Macdonald, après s'être imposé par l'excellent Dernier Roi d'Ecosse (2007) et le documentaire politique Mon meilleur ennemi (2007) livre ici son meilleur film à ce jour. Pour ce faire, il laisse une liberté importante à son acteur principal pour imposer un caractère de journaliste indépendant, autonome et pleinement intègre. Sans rien révéler de l'intrigue, le retournement final nous montre bien à quel point un bon journaliste se doit d'être solitaire, et d'avoir peu d'amis. C'est surtout en faisant des articles travaillés et bien renseignés qu'il peut rentrer dans la postérité. Il ne faut pas être à l'affut du scoop, mais prendre du recul par rapport aux faits et laisser parler son instinct. Certes, le dernier retournement laissera le spectateur un peu dans l'expectative, mais ne gâchera en aucun cas son plaisir à suivre cette affaire politique ...

Ce film nous montre également qu'il reste encore de grands réalisateurs aux Etats-Unis, capables de livrer des oeuvres sans concessions, et de montrer que les sphères politiques américaines sont gangrenées de l'intérieur par la corruption. On espère qu'un jour, les réalisateurs français seront de nouveau capables de refaire des films comme I comme Icare, datant lui aussi des années 1970. En attendant, je ne saurai trop vous conseiller de louer d'urgence cet excellent film, dès qu'il sera en location à défaut de le voir sur grand écran, si le temps vous manque.

Vu le 26 juin 2009, au Gaumont Disney Village, Salle 2, en VF

Note de Mulder: