Mon meilleur ennemi

Réalisé par Kevin Macdonald (2007)

Documentaire
Mon meilleur ennemi
Durée 89 minutes
Sortie 07/11/2007
Note 6/10

Klaus Barbie était le chef redouté de la Gestapo au sud de la France pendant l'occupation. On l'appelait "le Boucher de Lyon", un homme cruel qui était tenu responsable de la mort du héros de la résistance, Jean Moulin. Mais à la fin de la guerre, et jusqu'à son inculpation pour crimes contre l'humanité à la fin des années 1980, ce même homme était une arme précieuse des services secrets américains, dans l'Europe de l'après-guerre et en Amérique du Sud.

La critique

Par Tootpadu 16/10/2007

L'Histoire est avant tout une question de sélection et d'interprétation. Avant la vision de ce documentaire fort intéressant, nous pensions en effet savoir ce qu'il faut sur Klaus Barbie, le tortionnaire de l'occupant nazi à Lyon, ne serait-ce qu'à travers le documentaire fleuve de Marcel Ophüls, Hôtel Terminus. La démarche de Kevin Macdonald dissocie cependant Barbie de son procès historique. Le réalisateur va même jusqu'à se désintéresser partiellement du criminel de guerre lui-même, pour se pencher davantage sur son rôle au sein du réseau d'influences douteux des services secrets internationaux.
Il procède ainsi à une relecture de l'Histoire tout à fait fascinante, à une mise en question des hagiographies et des procès commodes. Du point de vue du chercheur qui n'est point dupe face aux machinations complexes de l'après-guerre, Klaus Barbie doit alors apparaître comme un opportuniste cruel et sans états d'âme. Sa monstruosité n'est cependant pas plus au centre du documentaire que sa culpabilité pour les faits qui lui étaient reprochés à la fin des années 1980. Il s'agit ici plutôt d'une plongée vertigineuse dans les manoeuvres secrètes qui cherchaient à façonner le monde pendant la seconde moitié du XXème siècle, et dont Barbie n'était qu'un pion de choix.
La richesse des informations est impressionnante. Ce qui choque toutefois, ce sont ces petites révélations qui nous concernent directement (les troupes de l'arrière-garde maintenues longtemps après la guerre, par exemple), et moins les activités illicites de Barbie à l'autre bout du monde. Leur présentation reste un peu trop fidèle aux conventions du documentaire historique, avec de nombreux entretiens de témoins de l'époque, entrecoupés de photos parcourues dans tous les sens par la caméra. La forme tendancieuse est encore soulignée par la voix off insistante d'André Dussollier, qui place Mon meilleur ennemi dans le "no man's land" un peu déroutant entre la version originale (les entretiens) et la version française (la narration).

Vu le 15 octobre 2007, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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