Singularités d'une jeune fille blonde
Réalisé par Manoel De Oliveira (2009)
| Durée | 63 minutes |
| Sortie | 02/09/2009 |
| Note | 6/10 |
Dans un train, Macario raconte ses déboires sentimentaux à une inconnue. Depuis la fenêtre de son bureau de comptable, dans le magasin de tissus de son oncle Francisco à Lisbonne, Macario avait aperçu dans l'immeuble en face une jeune fille blonde avec un éventail chinois. Tombé immédiatement sous le charme de la demoiselle Luisa, Macario avait tout fait pour être officiellement introduit auprès d'elle. Mais sa quête de rendre légitime sa passion romantique à travers le mariage avait rencontré la désapprobation la plus ferme de la part de son oncle. Macario avait alors dû partir au Cap-Vert pour y faire fortune.
La critique
Par Tootpadu 09/07/2009
Car cette adaptation libre d'une nouvelle d'Eça de Queiroz romp sensiblement avec le ton verbeux et exigeant des films précédents de Manoel De Oliveira. Quelques rares vestiges du bagage culturel prodigieux avec lequel le réalisateur charge habituellement ses films demeurent, comme la soirée artistique chez le notaire. Mais la tourmente des sentiments au centre du film se transmet avant tout par l'image, pure et expressive, et par le récit cadre, qui instaure un recul presqu'ironique envers le périple de l'amoureux éconduit.
Avec beaucoup de sagesse, le réalisateur centenaire place l'histoire de Macario et de Luisa dans un contexte social et moral intemporel. Il procède, pas sans malice, à une étude des limites de l'amour et de la contradiction virulente entre l'idéal romantique et la réalité de l'imperfection humaine. Le déséquilibre entre les sacrifices du protagoniste pour conquérir sa dulcinée et la sécheresse avec laquelle il la renvoie suite à un manquement est en effet énorme. La conclusion par le beau plan du train qui s'éloigne et la nature anodine de la conversation à son bord relativisent cependant la gravité des faits, et par conséquent du chagrin d'amour, comme pour mieux indiquer que ce pauvre Macario ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Car à chaque déception précède toujours une mauvaise perception des choses, comme le sait sans aucun doute le très expérimenté Manoel De Oliveira, dont les contes moraux ne cesseront de nous intriguer.
Vu le 9 juillet 2009, au Club Marbeuf, en VO