Joueuse

Réalisé par Caroline Bottaro (2009)

Drame
Joueuse
Durée 101 minutes
Sortie 05/08/2009
Note 7/10

Installée en Corse depuis de nombreuses années, Hélène mène une vie des plus tranquilles, entre ses responsabilités de mère de famille et son travail comme femme de ménage à l'hôtel Les Roches rouges et chez des particuliers. Un jour, elle observe par hasard une partie d'échecs très sensuelle entre un couple client de l'hôtel. Dès lors fascinée par ce jeu dont elle ignore tout, Hélène cherche à le maîtriser par ses propres moyens. Mais son apprentissage se heurte rapidement au refus de coopération de son mari Ange. Hélène demande alors au docteur Kröger, un Américain reclus chez qui elle fait le ménage, de l'aider à se perfectionner.

Les critiques

Par Mulder 04/08/2009

A vrai dire, c'est d'un pas guère inspiré que je me suis rendu à la projection du premier film de Caroline Bottaro. Je dois bien avouer que la présence d'un acteur américain (soit ici Kevin Kline) dans une modeste production française est toujours très intriguante. Le fait de retrouver une des plus grandes actrices françaises dans un film indépendant a également attiré toute mon attention. Sandrine Bonnaire trouve avec ce film un nouveau rôle dans lequel elle témoigne une fois de plus de l'immensité de son talent.

Sur un sujet simple - l'apprentissage du jeu d'échecs par une femme de chambre - ce film nous renvoie sur le thème du dépassement de soi-même et surtout sur celui de la reconnaissance d'un nouveau talent. En voyant ce film, je ne pouvais que remarquer sa filiation avec un film américain, Karate kid, dans lequel le vieux maître chinois apprend à un jeune homme via des moyens détournés à maitriser un art ancestral. Ce film nous montre donc l'entraînement que fait subir le personnage interprété par Kevin Kline à cette femme de chambre. Le film amène donc à un tournoi, où l'élève que tout le monde donnait perdant arrive à vaincre un joueur confirmé.

La force de ce très beau film est de nous donner envie de nous dépasser, d'apprendre à jouer au poker ou d'autres jeux de réflexion nous permettant de nous échapper de notre condition modeste. Ce film nous montre que le cinéma français peut continuer à nous étonner et surtout à nous raconter de belles histoires.

L’autre force de ce film, c’est qu’il arrive à nous attendrir par des situations guères originales, inspirées de moments classiques de notre vie : nos relations familiales et professionnelles. Le message ici délivré est que nous avons beaucoup à apprendre des personnes qui nous sont proches. Notre réussite est souvent lié à l’attention que ces personnes nous adressent. C’est ainsi par ma passion du cinéma et surtout en lisant de nombreuses critiques dans la presse et surtout en suivant les nombreux conseils de Tootpadu, que j’ai eu l’inspiration pour écrire mes critiques et les mettre en ligne. Ce film m’a donc rappelé que tout apprentissage d’un nouvel art ne se fait pas dans la douceur et impose des sacrifices personnels. Mais la plupart du temps, le jeu en vaut la chandelle …

Vu le 15 juillet 2009, au Club Marbeuf

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 07/07/2009

La dimension érotique du jeu d'échecs est un fait cinématographique établi, au moins depuis la partie mémorable entre Faye Dunaway et Steve McQueen dans L'Affaire Thomas Crown de Norman Jewison. Faire tourner tout un film autour, c'est l'exploit que remporte haut la main la réalisatrice Caroline Bottaro avec son premier long-métrage. Le jeu y est évidemment le symbole de la réussite et de l'affranchissement des barrières intellectuelles et sociales. Mais son côté sensuel n'est jamais perdu de vue, puisque les deux séquences les plus érotiquement chargées ouvrent et ferment pratiquement le film. Le cheminement du personnage principal se traduit par ailleurs magistralement à travers ces deux moments de jouissance intense, où elle passe du rôle de voyeuse à celui d'actrice dans l'échange cérébral qui n'a finalement même plus besoin d'un support physique pour l'affrontement ludique.
Avant même qu'elle ne se passionne pour les échecs, Hélène devient cependant un personnage hautement attachant. La subtilité de la mise en scène et du jeu de Sandrine Bonnaire, une fois de plus en mesure d'apporter ses lettres de noblesse à un petit film qui ne paie pas de mine à première vue, après Mademoiselle de Philippe Lioret, rendent cette femme d'emblée accessible dans toute sa simplicité. Le portrait que le film dresse de la classe ouvrière, peu importe qu'elle soit corse ou du continent, rappelle sans la moindre amertume et tout en finesse la lutte que devront mener ceux qui se trouvent par choix ou de naissance en bas de l'échelle sociale, pour se faire respecter dans un monde très codifié au-delà des apparences.
Le parcours d'affirmation d'Hélène, Caroline Bottaro l'accompagne sans jamais baisser la tension narrative, ni forcer le trait. Joueuse fait partie de ces films, hélas trop rares, qui arrivent à nous toucher profondément sans excès d'artifice, juste par la valeur humaine de leur histoire. Il n'y a pas de méchants caricaturaux dans cette intrigue, ni de bons sans reproche, bien que Jennifer Beals personnifie une fois de plus un objet de fantasmes idéalisé, quinze ans après le Journal intime de Nanni Moretti. Les personnages brillent plutôt par leurs imperfections humaines, indiquées progressivement au lieu d'être martelées avec insistance.
Le plus beau compliment que l'on puisse faire à ce film qui ne l'est pas moins, c'est que Caroline Bottaro - une réalisatrice que nous suivrons de près, ne serait-ce que parce qu'elle est née dans la même ville que nous - a réussi à capter la complexité du jeu d'échecs, dans toutes ses bifurcations stratégiques et psychologiques, tout en gardant une fraîcheur et une sincérité humaine simplement enthousiasmantes.

Vu le 6 juillet 2009, au Club Marbeuf

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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