24 city
Réalisé par Jia Zhang Ke (2009)
Docu-fiction
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 18/03/2009 |
| Note | 7/10 |
A Chengdu, dans la province du Sichuan, l'usine 420 est fermée pour laisser la place à un complexe résidentiel flambant neuf. Dans cette entreprise d'Etat, destinée initialement à l'armement et à l'aéronautique, des générations de travailleurs se sont succédées pendant un demi-siècle. Certains d'entre eux se souviennent de leur quotidien dans cette enseigne, qui faisait jadis toute la fierté du peuple chinois.
La critique
Par Tootpadu 10/03/2009
Pour un pays immense, il faut un chroniqueur hors pair. Et le réalisateur chinois Jia Zhang Ke remplit ce rôle depuis quelques films avec un tel génie filmique, qu'il devient presque triste de ne pas disposer d'un regard aussi percutant et esthétiquement brillant pour témoigner des transformations dans les autres pays du globe. Jia sait parfaitement transcrire le bouleversement social d'une nation qui doit s'adapter au changement vers un monde moderne au fur et à mesure qu'elle s'ouvre aux influences externes. Cependant - et c'est peut-être là l'élément le plus précieux de sa démarche -, il ne s'adonne point à l'idolâtrie de tout ce qui est neuf, mais il sait maintenir un équilibre fabuleux entre la nostalgie respectueuse des valeurs et coutumes traditionnelles et la prise en compte d'un mouvement inévitable vers l'avant.
Dans 24 city, présenté en compétition au dernier festival de Cannes, Jia Zhang Ke emploie une fois de plus son style visuel d'une grande beauté pour restituer la noblesse des corps des travailleurs et des halls d'assemblage désormais déserts. En plus, il brouille la frontière entre la fiction et le documentaire, puisque les quelques comédiens sont filmés de la même façon que les anciens employés de l'usine. De ce dispositif astucieux naît un mouvement d'échange qui apporte un cachet filmique aux travailleurs, qui renvoient à leur tour de l'authenticité et de la dignité aux acteurs.
Toujours aussi épuré d'un point de vue stylistique, le réalisateur laisse glisser néanmoins quelques motifs récurrents dans sa narration d'une grande sobriété. Les fondus au noir, les citations de Yeats et de poètes chinois, ainsi que les poses de photo souvenir, participent tous à rendre son récit envoûtant, tout en l'enracinant dans le mouvement ample, voire démesuré dans le cas de la Chine, des changements socio-économiques incessants.
Enfin, la triste actualité du mois de mai dernier, qui a ravagé la région du Sichuan par un tremblement de terre violent, rajoute à ce film une dimension historique involontaire. S'il était un chasseur d'événements choquants, au lieu d'être l'enregistreur magnifique de l'évolution progressive et presque lente de son pays, que nous apprécions de plus en plus avec chaque film, Jia Zhang Ke aurait pu retourner dans cette région dévastée pour devenir le témoin oculaire de ruines désolantes d'un autre ordre.
Dans 24 city, présenté en compétition au dernier festival de Cannes, Jia Zhang Ke emploie une fois de plus son style visuel d'une grande beauté pour restituer la noblesse des corps des travailleurs et des halls d'assemblage désormais déserts. En plus, il brouille la frontière entre la fiction et le documentaire, puisque les quelques comédiens sont filmés de la même façon que les anciens employés de l'usine. De ce dispositif astucieux naît un mouvement d'échange qui apporte un cachet filmique aux travailleurs, qui renvoient à leur tour de l'authenticité et de la dignité aux acteurs.
Toujours aussi épuré d'un point de vue stylistique, le réalisateur laisse glisser néanmoins quelques motifs récurrents dans sa narration d'une grande sobriété. Les fondus au noir, les citations de Yeats et de poètes chinois, ainsi que les poses de photo souvenir, participent tous à rendre son récit envoûtant, tout en l'enracinant dans le mouvement ample, voire démesuré dans le cas de la Chine, des changements socio-économiques incessants.
Enfin, la triste actualité du mois de mai dernier, qui a ravagé la région du Sichuan par un tremblement de terre violent, rajoute à ce film une dimension historique involontaire. S'il était un chasseur d'événements choquants, au lieu d'être l'enregistreur magnifique de l'évolution progressive et presque lente de son pays, que nous apprécions de plus en plus avec chaque film, Jia Zhang Ke aurait pu retourner dans cette région dévastée pour devenir le témoin oculaire de ruines désolantes d'un autre ordre.
Vu le 9 mars 2009, au Club Marbeuf, en VO
★★★★★★★☆☆☆
7/10