Tabou[s]

Réalisé par Alan Ball (2010)

Drame
Tabou[s]
Durée 116 minutes
Sortie 17/11/2010
Note 4/10

A 13 ans, Jasira a bien du mal à accomplir sa transition vers l'âge adulte. Sa mère la renvoie habiter avec son père Rifat, d'origine libanaise, en Floride, parce que son corps de jeune femme attire trop les convoitises des hommes. Mais son nouveau foyer, mené avec une main de fer par son père qui se croit la cible de préjugés en ce début de la première guerre du Golfe, ne plaît guère à Jasira. Jusqu'à ce que sa rencontre avec Travis Vuoso, un voisin réserviste en attente d'être mobilisé, éveille encore plus ses pulsions sexuelles.

La critique

Par Tootpadu 06/11/2008

La réputation d'Alan Ball en termes de cinéma se base sur son scénario brillant d'American Beauty de Sam Mendes. Dix ans plus tard, il nous revient avec un film, dont l'intrigue se déroule dix ans plus tôt, mais qui poursuit au fond l'exploration des névroses de la banlieue américaine aisée. Hélas, Ball se consacre trop à une répétition ennuyeuse des personnages caricaturaux du film de Sam Mendes, pour trouver le ton juste dans le traitement du sujet extrêmement délicat de la pédophilie.
Le souvenir tenace de Lester Burnham plane en effet sur Towelhead. Alors que ses névroses affectées s'expriment désormais à travers le personnage du père Rifat, son côté plus licencieux assouvit jusqu'au bout son goût pour les filles pré-pubères dans celui de Travis Vuoso. Le portrait des femmes adultes n'est point plus recommandable, puisqu'elles se placent sur une échelle de l'hystérie très schématique, entre la harpie qu'est Evelyn Vuoso et la future mère trop cool et compréhensive, interprétée par Toni Collette. Seuls les ados s'en sortent à peu près convenablement, même si la franchise avec laquelle Jasira évoque ses orgasmes et ses expériences sexuelles paraît guère crédible.
Le discours du film met en effet assez mal à l'aise, dans sa tentative de répondre à toutes les exigences que son contenu lui impose. Alan Ball ne recule devant aucun poncif pour alourdir encore la facture sociale d'un film, qui perd du coup toute pertinence et toute révendication réaliste. Pas content d'aborder le sujet risqué de la pédophilie d'une façon désagréablement maladroite, le scènariste, qui fait par ailleurs un piètre réalisateur avec ses cadrages inutilement obliques, s'empresse d'accumuler jusqu'à l'asphyxie tous les maux de la société américaine. Le racisme, la xénophobie, et le sexisme sont lâchés sans ménagement sur un public, auquel il ne reste qu'à se recroqueviller sur lui-même face à tant de complaisance malsaine.
Les messages bêtement édifiants nous sont bien entendu aussi insupportables que les spectacles de perfidie gratuite. Dans le cas présent, il ne s'agit ni de l'un, ni de l'autre, mais d'une tentative navrante de tirer un humour satirique déplacé d'un sujet trop important pour le traiter par dessus la jambe. Il est ainsi difficile à dire ce qui attire davantage notre raillerie dans ce film raté : l'éveil constipé à la sexualité d'une nymphomane en devenir ou les scènes fortement incongrues qui sont censé refléter la culture aseptisée des banlieues américaines.

Vu le 5 novembre 2008, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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