Man Push Cart

Man Push Cart
Titre original:Man Push Cart
Réalisateur:Ramin Bahrani
Sortie:Cinéma
Durée:84 minutes
Date:10 mai 2006
Note:
Jour après jour, Ahmad, un immigré pakistanais, tire son chariot de pâtisseries et de boissons chaudes à travers les rues de New York. Le soir venu, il parcourt son quartier pour vendre des copies illégales de films pornos à ses compatriotes. Lorsque Mohammad, un homme d'affaires originaire de sa région, lui propose de finir les travaux de rénovation de son appartement, Ahmad accepte. Il tente de gagner le plus d'argent possible pour pouvoir habiter à nouveau avec son jeune fils.

Critique de Tootpadu

Le rêve américain ne se réalise pas pour tout le monde. Parmi les laissés-pour-compte d'une culture dont le principal moteur est l'argent figure le protagoniste déraciné de ce film beau et triste. Ahmad est un homme marqué par la vie et il se trouve sur une pente sociale descendante de laquelle nous ignorons certains éléments cruciaux, mais dont les symptomes sont douloureusement sensibles. Il s'intègre imperceptiblement dans la foule des innombrables immigrés qui travaillent jour et nuit, dans l'espoir d'un confort matériel modéré et d'un style de vie plus aisé ou plus paisible que dans leur pays d'origine. Mais ce drame intime qui se retrouve dans le coeur de chaque personne déracinée revêt des couleurs encore plus tristes dans le cas d'Ahmad. Le scénario se garde de nous révéler tous les aspects de sa vie antérieure, au Pakistan, mais le peu qu'il dévoile laisse supposer un parcours personnel mouvementé, marqué par autant de hauts que de bas.
Les quelques jours que nous passons en sa compagnie ne donnent guère d'espoir que son statut de personne malmenée et malchanceuse s'arrangera. La fragilité de la vie, tout comme sa dureté, sont certes exprimées avec une poésie filmique remarquable, mais il n'en reste pas moins que le besoin de se battre est plus urgent de jour en jour, sans qu'il n'y ait la moindre amélioration. Entre la première séquence, où l'on voit Ahmad tirer péniblement son chariot à travers la circulation urbaine, et la dernière, où il est toujours le vendeur affable du café matinal mais sous des conditions encore moins favorables, sa situation a rétrogradé en dépit de moments touchants d'un espoir invariablement déçu.
Dans toute sa mélancolie, Man Push Cart est néanmoins une belle déclaration de respect et d'admiration à ces millions de travailleurs exploités pour qui le rêve américain ne s'accomplira jamais, mais qui y participent quotidiennement. Ramin Bahrani n'a pas besoin de répéter à satiété la corvée journalière, il fait amplement confiance à l'efficacité de l'ellipse narrative qui grave bien plus durablement les images du labeur dans notre mémoire. Son regard marqué par une compassion lucide, qui ne cherche point à séduire par le misérabilisme ou l'optimisme, ainsi que sa compréhension d'une classe sociale défavorisée le placent par conséquent du côté des plus grands metteurs en scène de la misère sociale. Toute proportion gardée, il se trouve ici un air des Temps modernes de Chaplin, l'humour libérateur en moins, et des contes rudes et chaleureux de Jean Renoir.

Vu le 29 mai 2006, au MK2 Beaubourg, Salle 6, en VO

Note de Tootpadu: