Cendres du temps Redux (Les)
Réalisé par Wong Kar-wai (2008)
| Durée | 93 minutes |
| Sortie | 10/09/2008 |
| Note | 6/10 |
Autrefois un maître dans l'art de manier le sabre, Ouyang Feng vit depuis des années retiré dans le désert. Il y exerce le métier d'intermédiaire entre des tueurs à gages et des personnes assoiffées de vengeance. Au fil des saisons, il rencontre Huang Yaoshi, un ami qui vient le voir une fois par an et qui lui propose de boire un vin magique, censé effacer les souvenirs, Murong Yang, qui souhaite voir Huang Yaoshi subir une mort atroce pour avoir trompé sa soeur, un guerrier malvoyant, en manque d'argent pour rentrer chez lui, afin d'y contempler une dernière fois les fleurs de pêcher avant de perdre complètement la vue, une jeune paysanne, qui n'a qu'un âne et quelques oeufs à offrir pour venger l'assassinat de son frère par des mercenaires, et le guerrier Hong Qi, qui se mettra un temps au service des villageois pour combattre des bandits.
La critique
Par Tootpadu 19/08/2008
Pendant longtemps, l'emphase esthétique dont Wong se sert pour évoquer son conte ancestral nous empêche de pénétrer au sein d'une intrigue de plus en plus complexe. Les couleurs excessivement saturées et dénaturées, les champs bouchés ou artificiellement animés, et les scènes de combat évocatrices et floues sont ainsi les manifestations assez pesantes d'une mise en scène, qui procède subrepticement à l'hypnose du public. Alors que la suspension de la structure temporelle nous subjugue, la composition très particulière des plans déconcerte plutôt par son excès de veuleries plastiques.
Et puis, soudainement, au cours du dernier des actes saisonniers, l'ensemble du récit rentre en perspective d'une manière magistrale. Le personnage central, jusqu'à présent un observateur passif et calculateur, y révèle en quelque sorte les raisons pour son isolement et l'étendue tragique de son existence. Dès lors, les pièces disparates du puzzle filmique s'agencent parfaitement et confèrent une raison d'être mélancolique et majestueuse au film. Grâce à cette conclusion réussie, aussi étonnante qu'organique, Les Cendres du temps se grave dans notre mémoire et, ce qui est peut-être plus important, Wong Kar-Wai confirme qu'il est un des rares réalisateurs à savoir se servir d'un vocabulaire esthétique encombrant à bon escient ! Car l'assaut visuel constant et prétendument superficiel était en fin de compte au service d'une histoire riche en valeurs et interrogations universelles.
Vu le 18 août 2008, au Club Marbeuf, en VO