Guerre et amour
Réalisé par Woody Allen (1975)
| Durée | 81 minutes |
| Sortie | 10/09/1975 |
| Note | 6/10 |
Le jeune Boris Grushenko se pose beaucoup de questions existentielles. Il se trouverait bien seul dans sa famille russe au début du 19ème siècle, si ce n'était pour la compagnie et les conversations avec Sonia, son amie d'enfance dont il est secrètement amoureux. Lorsque la guerre contre Napoléon éclate, Boris s'y engage bien malgré lui. Le plus grand lâche de son régiment, il devient pourtant un héros de guerre par accident. De retour à Moscou, il compte profiter de son prestige pour séduire une belle contesse, mais le conte le provoque en duel pour avoir déshonoré sa femme. La veille de l'affrontement, il se rend chez Sonia, désormais la veuve d'un marchand de hareng ennuyeux, pour lui révéler son amour.
La critique
Par Tootpadu 25/05/2008
L'action du film a beau se dérouler à une époque lointaine, le flux ininterrompu de répliques est tellement chargé en références intellectuelles et culturelles plus récentes, que toute ambition d'authenticité historique passe immédiatement à la trappe. Allen ne cherche point à adapter ses situations burlesques et les névroses amusantes de ses personnages au cadre historique dans lequel ils évoluent. Au contraire, il projette tout son bagage de scénariste ingénieux des années 1970 dans un environnement étranger, justement pour tirer un profit comique de ce décalage anachronique. Les caractéristiques particuliers de la Russie et l'aperçu réducteur que le public américain en avait probablement à l'époque, lui servent ainsi de base pour amorcer brillamment sa comédie.
Sous forme de petites vignettes divertissantes, Woody Allen s'adonne ainsi à l'exploration mi-sérieuse, mi-moqueuse de la vie mouvementée de son personnage principal. Il mélange à volonté les différents styles d'humour visuel ou verbal, s'improvisant à un moment en hériter de Buster Keaton dans Le Mécano de la Général, pour cultiver plus tard avec la même aisance une absurdité simplement ingénieuse dans l'échange des propos entre ses personnages dépassés par les événements. Autant inspiré de Chaplin (la scène géniale de l'agression du noble espagnol) que de Bergman (la Faucheuse du Septième sceau et le plan complètement gratuit en hommage à Persona), sans imiter encore la gravité psychologique et le dépouillement formel du maître suédois, Woody Allen crée avec ce film une sorte de premier condensé de son oeuvre jusqu'à ce point, et de la direction qu'elle allait prendre dans les années suivantes.
Très amusant et intelligent, Guerre et amour court cependant un peu trop régulièrement après la blague immédiate et ironique. Clairement un film de jeunesse, dans lequel se mélange la légèreté insouciante des débuts avec une approche encore hésitante des thèmes fondamentaux du travail à venir, il constitue un divertissement survolté et bordélique, qui participe à sa façon à la mise en place des personnages typiques de l'univers de Woody Allen.
Vu le 24 mai 2008, au Quartier Latin, Salle 1, en VO