Willie Boy

Réalisé par Abraham Polonsky (1969)

Western
Willie Boy
Durée 98 minutes
Sortie 24/12/1969
Note 7/10

En 1909, le jeune indien Paiute Willie Boy retourne dans sa réserve pour épouser Lola. Mais le père et les frères de Lola s'opposent à cette union. Willie tue alors le père de Lola et s'enfuit avec celle-ci dans le désert californien. Alerté par le docteur Elizabeth Arnold, la responsable de la réserve, le shérif Coop mène de façon récalcitrante la chasse à l'homme.

La critique

Par Tootpadu 24/05/2008

Le western a connu son heure de gloire dans les années 1940 et '50, ainsi qu'une période interminable de moribond des années 1980 à nos jours. Cependant, l'époque où ce genre particulier était le plus vivant et le plus de mèche, par ses interrogations de forme et de fond, avec l'air contestataire du temps, c'était pendant la décennie entre la fin des années 1960 et celle des années '70, entre l'émergence du western spaghetti de Sergio Leone et le désastre économique de Michael Cimino avec La Porte du paradis. Willie Boy est un exemple brillant des westerns sans gloire, mais d'une immense beauté décadente, de cette période transitoire.
L'état d'esprit désabusé des personnages s'y trouve admirablement mis en contraste avec le cadre majestueux du désert californien. Renforcé encore par la photographie splendide de Conrad Hall, le style d'Abraham Polonsky est d'une telle précision et d'une telle richesse narrative, qu'on ne peut que regretter que ce scénariste, jadis mis sur la liste noire de la chasse aux communistes, n'ait pas pu réaliser plus de films. Il réussit ici un ton de résignation, associé à une ultime rébellion que l'on sait d'emblée vouée à l'échec, le tout sur fond d'une médiatisation grandissante de l'histoire.
Enfin, Willie Boy permet à Robert Blake de trouver son rôle le plus beau au cinéma, avec celui du condamné à mort dans De sang froid de Richard Brooks, bien sûr. Il habite cet indien avec une grâce et une force brute, comme un volcan auquel il ne sera jamais permis d'entrer en irruption, qui nous font amèrement regretter que lui non plus n'ait pas mené une carrière digne de son talent. Il suffit d'observer le jeu plutôt hystérique d'une Katharine Ross guère adaptée au rôle d'une squaw prise entre les frontières de deux cultures hostiles, pour se rendre compte, par comparaison, de la noblesse de l'interprétation de Blake. La tête d'affiche Robert Redford laisse briller son adversaire sans la moindre jalousie. Il opte clairement pour la sobriété dans son rôle d'un homme blasé et pas sans cruauté (sa relation ambiguë avec Elizabeth Arnold), à qui Polonsky à réservé deux répliques mémorables (la réponse à la question sur l'emplacement du Mont Rubis, et la dernière réplique du film, sur l'absence de souvenirs).

Vu le 23 mai 2008, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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