Nacido y Criado

Réalisé par Pablo Trapero (2007)

Drame
Nacido y Criado
Durée 99 minutes
Sortie 28/11/2007
Note 6/10

Santiago et Milli, deux décorateurs d'intérieur, mènent une vie paisible à Buenos Aires avec leur fille José. Un terrible accident de voiture met fin à cette idylle. Santiago se réfugie alors en Patagonie, où il travaille dans un petit aérodrome, le temps d'oublier cet événement tragique.

La critique

Par Tootpadu 16/10/2007

Le cinéma sud-américain cultive depuis quelques années une forme d'expression dépouillée, probablement en raison des contraintes économiques qui pèsent sur la plupart des productions venues du Brésil, de l'Argentine ou d'autres pays de la région. Mais cette absence de faste et de découpage complexe ne signifie nullement que ces films adhèrent à une esthétique simpliste et primitive. Au contraire, l'Amérique latine pourrait bien être en passe de ravir à l'Asie le titre du continent cinématographique le plus foisonnant artistiquement parlant. Nombreux sont les talents qui y émergent, loin des contraintes et des facilités d'une industrie hollywoodienne ou des subventions européennes. Là-bas, encore plus que dans n'importe quel autre pôle créatif, à l'exception de l'Afrique bien sûr, chaque film constitue un acte de foi artistique, une expression filmique qui véhicule d'une façon très pure les spécificités du contient.
Pablo Trapero n'en est plus à son premier film, puisqu'il y en a déjà trois qui sont sortis en France, dont le plus connu est sans doute El bonaerense. Ici, il exprime le malaise existentiel de son personnage principal dans le cadre désert et inhospitalier de la Patagonie. L'intrigue minimaliste laisse beaucoup de temps et de place à l'observation de la vie quotidienne terne de Santiago et de ses collègues Robert et Cacique. Nul misérabilisme ne se glisse entre les images, mais juste un ton saisissant qui laisse deviner le supplice intérieur du protagoniste. Les symptômes de cette culpabilité insupportable ne se déclarent que rarement à travers des crises de nerfs ou des vomissements nocturnes. Leur véritable nature transparaît dans le ton mélancolique de la narration, ainsi que dans la présence même de Santiago dans ce bled perdu à la fin du monde.
La mise en scène de Pablo Trapero ne trahit à aucun moment les émotions à fleur de peau de son héros tragique. Même quand l'espoir et l'envie de vivre renaissent vers la fin, le temps passé en présence de ce personnage traumatisé et comme en suspension fait toujours sentir son impact douloureux.

Vu le 16 octobre 2007, au Racine Odéon, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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