Road to Guantanamo (The)
Réalisé par Michael Winterbottom, Mat Whitecross (2006)
| Durée | 95 minutes |
| Sortie | 07/06/2006 |
| Note | 6/10 |
A l'automne 2001, quatre jeunes Anglais d'origine pakistanaise se rendent dans le pays de leurs origines pour y célébrer un mariage. Avant que la guerre contre l'Afghanistan n'éclate, les amis décident de partir au pays des talibans pour voir ce que s'y passe. Pris entre les fronts et dispersés par les bombardements, les jeunes hommes sont assimilés aux mercenaires pro-Al-Quaïda lors de l'invasion par les Américains. Ces derniers sont convaincus qu'ils tiennent en Ruhel, Asif et Shafiq de dangereux terroristes et ils les soumettent par conséquent à une détention inhumaine.
La critique
Par Tootpadu 12/05/2006
Dans le contexte d'un tel climat politique, voire guerrier, mondial, ce film de Michael Winterbottom et Mat Whitecross n'évite guère la polémique. Il se limite au seul point de vue des jeunes Anglais qui fournissent un récit de voyage et de rétention éprouvant. Mais ce parti pris ne signifie nullement qu'il présente ces héros des temps modernes comme des saints. Son point d'honneur est plutôt de rappeler l'atrocité qu'est la guerre, avec les civils déchiquetés par les bombardements, et la répression brutale qui est censé asseoir la victoire. Cette justice expéditive, ou simplement l'absence totale d'une justice quelconque, qui caractérise les méthodes des services secrets américains, fait alors l'effet d'une bombe en guise de confirmation d'une triste vérité. Et ce constat amer ne laisse augurer rien de bon pour la suite, même si les séquelles des protagonistes après des années d'enfermement injustifié paraissent presque anodines.
Bien que le fond engagé du film soit entièrement honorable, un pamphlet puissant en faveur d'Amnesty International en quelque sorte, c'est sa forme qui nous pose un peu plus problème. Le mélange constant entre le récit des surviviants du périple et la reconstitution de ce dernier par des acteurs n'atteint pas tout à fait le résultat escompté. Appuyer les propos des participants réels des faits par des scènes jouées est, à notre humble avis, une démarche esthétique et narrative qui mâche le travail d'imagination au spectateur et qui suppose injustement que l'horreur des faits peut être dupliquée à travers la fiction déguisée. Cette forme bâtarde du film, ni tout à fait un documentaire, ni une fiction, freine son impact et le place plutôt près d'un Punishment Park, sauf que le film de Peter Watkins était un pamphlet à l'état pur. Enfin, le style du récit de voyage en Afghanistan rappelle un peu trop celui, chaotique et décousu, de In this world du même Michael Winterbottom. Un réalisateur qui est remonté considérablement dans notre estime grâce à ses deux derniers films (celui-ci et Tournage dans un jardin anglais) !
Vu le 11 mai 2006, au Club Publicis, en VO