Filles du botaniste (Les)

| Titre original: | Filles du botaniste (Les) |
| Réalisateur: | Daï Sijie |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 97 minutes |
| Date: | 26 avril 2006 |
| Note: | |
Pendant un mois et demi, la jeune Min, une orpheline qui a perdu ses parents lors d'un tremblement de terre, est accueillie comme stagiaire chez Monsieur Chen, un botaniste reconnu. Alors que le scientifique n'est guère satisfait du travail de son apprentie, celle-ci s'éprend de An, la fille du vieil homme. Un amour impossible dans la Chine des années 1980, qui devra se défendre contre un mariage imposé avec le frère d'An et les abus de ce dernier.
Critique de Tootpadu
La beauté plastique est administrée avec une telle insistance dans cette version asiatique et au féminin du Secret de Brokeback Mountain qu'elle finit par écraser la moindre émotion authentique qui en émanerait. On savait depuis le plus délicat Balzac et la petite tailleuse chinoise à quel point Daï Sijie est amoureux du massif montagneux imposant de son pays. Mais il pousse cette admiration trop loin, jusqu'à l'excès clinquant, dans son dernier film. Ces femmes dénudées qui se languissent dans la vapeur des bains, ces plantes dont les couleurs brillent après la pluie et, bien sûr, ces crevasses imposantes qui coupent les sommets : le vocabulaire visuel le plus superficiel n'a pas été énoncé avec une telle vacuité depuis Mémoires d'une geisha. Comme dans le film de Rob Marshall, le réalisateur cherche à nous mettre plein les yeux, pour mieux cacher la pauvreté de l'intrigue.
Sauf que le chantage émotionnel de Daï Sijie dépasse la gentillesse niaise de la production américaine. Avec une bande originale dopée au synthé et simplement atroce comme principal allié, le cinéaste nous conte son histoire sans jamais en relever le contenu dramatique. A une très courte exception près, au bout d'une heure de passions langoureuses et de sentiments refoulés, le scénario stagne dans un romantisme gentillet, tout droit sorti de la littérature de gare. Les rapports amoureux que les deux femmes sont censé avoir ne dépassent à aucun moment le stade du cliché, digne d'un film honteux d'une autre époque.
L'échec de Daï Sijie est d'autant plus pénible qu'il avait montré dans le passé (Balzac ...) qu'il était capable de s'approprier une intrigue aux enjeux difficiles, et que le cinéma chinois avait déjà traité de l'homosexualité de manière bien plus adéquate et subtile (Lan Yu de Stanley Kwan). Avec son ton enjolivé et trivial, ce film destiné aux adeptes des sentiments consensuels a néanmoins le mérite de valoriser davantage le travail exceptionnel d'Ang Lee. Et nous espérons qu'il n'anéantira pas les fantasmes gais et lesbiens sur les serres et autres jardins botaniques, tellement mieux employés dans le téléfilm "Juste une question d'amour".
Vu le 4 avril 2006, au Club Marbeuf, en VO
Note de Tootpadu: