Trop tard pour les héros

Réalisé par Robert Aldrich (1970)

Guerre
Trop tard pour les héros
Durée 133 minutes
Sortie 01/10/1970
Note 5/10

Le lieutenant américain Lawson est envoyé contre son gré sur une île des Nouvelles-Hébrides occupée à moitié par les Japonais, et à moitié par les Anglais. Il doit y participer à un commando qui vise à détruire le poste radio de l'ennemi au nord de l'île. Toutefois, il n'est pas le seul à se révolter, d'abord passivement, contre le manque d'utilité de cette opération.

La critique

Par Tootpadu 07/10/2005

Le seul point qui distingue ce film de guerre longuet et assez conventionnel est la mauvaise volonté brandie tel un étendard de ses protagonistes. Parler de héros dans le cadre précis de ces soldats malgré eux serait une vulgaire exagération, justement parce que le scénario souligne à tout va leur réticence. La guerre a en effet perdu toute son aura glorieuse et les mythes du courage et de l'héroïsme ne sont plus bons qu'à couvrir les ambitions et les obligations des supérieurs. Nous y retrouvons des influences du mouvement pacifiste, au sommet de sa popularité lors de la sortie du film en pleine guerre du Viêt Nam, qui rêvait d'une guerre à laquelle personne ne voulait participer. Ce comportement de rébellion passive est mis en vedette ici à travers deux personnages : Hearne, l'infirmier anglais qui imagine les solutions qui l'emmèneraient le plus loin de la ligne de mire, et Lawson, qui ne se mêle jamais des affaires qui ne le regardent pas personnellement. Le refus de toute posture glorieuse n'est hélas pas maintenu jusqu'à la fin, puisque ces deux compères tentent de rallier la base anglaise peu importe le sacrifice. Et c'est précisément par l'acte du sacrifice que l'un deux deviendra un héros.
Robert Aldrich se démène tant bien que mal avec une histoire trop longue et assez avare en scènes d'action. Son style brute, que l'on pourrait considérer comme viril, convient au théâtre de guerre dans la jungle. Il lui manque cependant la densité qui rendrait son épopée engageante au delà des quelques éclats d'anti-patriotisme. Pendant de longs moments, le spectateur est donc condamné à regarder l'avancement laborieux du commando dans la forêt, avec les incidents habituels pour rythmer le procédé conventionnel.
Dans la prestation fortement solide de la distribution, seul Michael Caine se fait remarquer. Il campe en effet un fainéant et un égoïste un peu lâche tout à fait convaincant, le genre d'interprétation qui prouve une fois de plus l'immense talent de cet acteur caméléon.

Vu le 6 octobre 2005, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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