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Prix du Livre Nohée 2026 : Alexis Salatko récompensé

Prix du Livre Nohée 2026 : L’enfant à la tête baissée d’Alexis Salatko

Hier, 17h36

Alexis Salatko a remporté le Prix du Livre Nohée 2026 pour L’enfant à la tête baissée, publié chez Denoël le 20 août 2025. Ce prix, doté de 5 000 €, récompense un roman ou un récit en langue française explorant les thèmes de la famille et de la transmission. Selon le communiqué des organisateurs, l’ouvrage a recueilli quatre des six voix du jury, devançant On l’appelait Bennie Diamond de Michaël Dichter et Loin du Mékong de Louis Raymond, tous deux parus en janvier 2026, respectivement aux éditions Les Léonides et Calmann-Lévy.

La décision a été prise le 14 septembre à la résidence Nohée Issy-les-Moulineaux – Médiathèque. Présidé par Brigitte Fossey, le jury réunissait Éric Bouhier, Philippe Grimbert, Francesca Mantovani et Pascale Senk. Dans l’impossibilité d’être présente, Élodie Fondacci a transmis son vote à la secrétaire générale du prix, Florence Batisse-Pichet. Les résidents et les ambassadeurs des clubs de lecture ont assisté à la discussion, au vote et au dépouillement : un détail révélateur pour un prix auquel les lecteurs participent bien avant l’annonce du résultat final.

L’enfant à la tête baissée transforme l’isolement de l’enfance en œuvre littéraire

Au cœur de ce livre se trouve un enfant incapable de manger en présence d’autres personnes. Dans sa présentation pour la librairie Mollat, Alexis Salatko évoque la peur qui a marqué son enfance et la manière dont sa famille y a réagi. L’histoire se déroule à Cherbourg, où le père est cardiologue et la mère a autrefois enseigné la philosophie. Les livres deviennent une ressource essentielle au sein d’un foyer qui peine à comprendre la relation de l’enfant avec la nourriture et le monde extérieur.

Ce lien confère au titre une double signification. Une tête baissée évoque la fragilité physique, mais rappelle également la posture de quelqu’un qui lit ou qui écrit. La présentation de Mollat met en lumière cette transformation, que les commentaires du jury viennent souligner. Pour un prix consacré à la transmission, la relation entre la mère et l’enfant est particulièrement pertinente : ce qui se transmet entre eux, c’est un attachement aux mots, même lorsque d’autres formes de soins semblent incapables de l’atteindre.

Pourquoi le jury a choisi le livre lauréat

Les commentaires fournis par les organisateurs révèlent plusieurs façons d’aborder cette même œuvre. Brigitte Fossey s’est intéressée au long intervalle qui s’est écoulé avant qu’Alexis Salatko ne puisse mettre par écrit ses souffrances cachées. Son interprétation est centrée sur l’émergence d’une voix : celle de l’enfant qui, bien qu’incapable de manger devant les autres, absorbait néanmoins son environnement, conservant des expériences qui finiraient par devenir de la littérature. Elle a présenté le livre comme le récit de la naissance d’un écrivain, conférant ainsi au thème de la transmission, choisi pour ce prix, une dimension résolument intérieure.

Philippe Grimbert a évoqué une prise de conscience beaucoup plus rapide, affirmant avoir su dès les trois ou quatre premières pages que ce livre deviendrait son préféré. Il en a salué l’humour, la formulation inventive, l’énergie débridée et les personnages inoubliables. Son observation selon laquelle la tête baissée pourrait être celle d’un lecteur fait habilement le lien entre le titre, le récit et ceux qui le découvrent aujourd’hui.

Pour Francesca Mantovani, la force émotionnelle résidait dans la résilience de l’enfant, le rôle de l’écriture et sa rencontre avec Jacques Prévert. Pascale Senk a souligné l’alternance entre des passages brillants et une narration plus directe, tout en soulignant le caractère dysfonctionnel de la famille et l’humour du personnage de la mère. Elle a abordé le livre davantage comme un récit personnel que comme un roman de transmission.

L’anecdote la plus marquante concernant la lecture est venue d’Éric Bouhier, qui a déclaré avoir surligné une centaine de pages et pris de nombreuses notes. Les références à la littérature, au cinéma, à la peinture et au théâtre conféraient à l’ouvrage une richesse culturelle inhabituelle. Il a d’abord cru lire un conte de fées avant d’en reconnaître le caractère autobiographique. Son témoignage aide à comprendre la diversité des réactions du jury : l’histoire a suscité des discussions à la fois en tant que souvenir d’enfance, en tant que construction littéraire et en tant qu’univers imaginaire à part entière.

Les lecteurs seniors façonnent le prix littéraire Nohée

Créé en 2020, le prix en est à sa septième édition en 2026. Selon les organisateurs, le processus de sélection commence par les clubs de lecture Nohée, présents dans 39 résidences en partenariat avec Mollat. Les résidents choisissent trois finalistes parmi six ouvrages ; le jury désigne ensuite le lauréat. L'annonce est accompagnée de festivités au sein des clubs.

La sélection 2026 publiée par Nohée confirme l’étendue de ce premier tour. Aux côtés des finalistes, on trouvait Une mère en fuite de Michka Assayas, Nourrices de Séverine Cressan et Haute-Folie d'Antoine Wauters. Ce système confère aux résidents un rôle déterminant : ce sont leurs choix qui décident quels livres seront soumis au jury.

Les lauréats précédents placent Alexis Salatko en bonne compagnie. Anne Icart a reçu le premier prix en 2020 pour Lettres de Washington Square, suivie par Olivier Mak-Bouchard pour Le Dit du Mistral en 2021 et Mathias Malzieu pour Le Guerrier de Porcelaine en 2022. Marie Charrel a remporté le prix avec Les mangeurs de nuit en 2023, François Garde avec Mon oncle d’Australie en 2024 et Sandrine Collette avec Madelaine avant l’aube en 2025.

Une fête de la lecture sans écran prévue au Musée Postal

Les organisateurs ont également annoncé une nouvelle initiative ouverte au public dans le cadre du prix : une soirée de lecture organisée en collaboration avec The Offline Club Paris au Musée postal. Articulé autour de l’ouvrage lauréat, cet événement, pour lequel une inscription sera nécessaire, débutera par une lecture collective en silence, suivie d’échanges et d’une découverte des collections du musée. La date n’a pas encore été précisée dans l’annonce.

Cette rencontre est organisée dans le cadre de l’exposition Il était une fois… La Poste et les Contes de Fées, dont les dates sont prévues du 18 novembre 2026 au 19 avril 2027. Le musée se trouve au 34, boulevard de Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris. La rencontre entre le patrimoine postal et les contes de fées offre un cadre tout à fait approprié pour un prix consacré à la manière dont les histoires se transmettent d’une personne à l’autre et d’une génération à l’autre. Il ne faut pas confondre les dates de l’exposition avec celles de la soirée de lecture, qui n’ont pas encore été confirmées.

Photos : Copyright Eric Garault

(Source : communiqué de presse)

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