Temps qui changent (Les)

Réalisé par André Téchiné (2004)

Comédie
Temps qui changent (Les)
Durée 99 minutes
Sortie 15/12/2004
Note 7/10

Antoine est envoyé à Tanger pour superviser un chantier. Il y retrouve Cécile... Ils se sont aimés il y a trente ans, se sont quittés, et ne se sont jamais revus. Elle, s'est mariée au Maroc et a refait sa vie. Lui, n'a jamais su oublier, ni guérir. Il n'a plus qu'une idée en tête : la reconquérir.
(Source Allociné)

La critique

Par Tootpadu 27/01/2005

Brute et incertaine, cette nouvelle oeuvre nous réconcilie avec André Téchiné, après des égarements trop consciencieusement collés à l'actualité (Loin) ou, au contraire, au passé, au point de rassembler un joli album photo poussiéreux (Les Egarés). Le cinéaste revient ici à son observation ironique et fine des rapports sentimentaux, des relations éphémères ou des attachements qui survivent à travers le temps, en dépit de la raison. Il organise ainsi une ronde de couples hétéroclites, des amants qui se retrouvent, des alliances improbables, des personnages qui restent fidèles et qui vont voir ailleurs en même temps. A cette fragilité sentimentale se joint l'incertitude des origines et la recherche constante du port d'attache. L'amour de l'exotisme maghrébin se traduit dans ce contexte de façon bien plus subtile que dans Loin, puisque l'environnement et ses contraintes sociales ne gouvernent plus les événements. Ce qui ne veut pas dire que l'univers d'André Téchiné est coupé de la réalité, mais plutôt qu'il a appris à vivre avec, qu'il en tient compte sans perdre de vue ce qui l'intéresse réellement : le caractère incertain de la nature humaine.
Au changement des envies répond un nouveau départ stylistique. Après l'aspect visuel léché et ensoleillé de son film précédent, le réalisateur nous confronte à une image qui ne s'attarde jamais sur les beaux cadrages. La fuite de la beauté devient alors presque un programme et la structure ne se prive pas de quelques heurts, dont le plus violent est sans doute cette séquence de la pelleteuse, au bord du cinéma expérimental. Mais nous préférons largement ce ton vif à l'académisme lénifiant dont faisaient preuve Les Egarés. Cette forme d'expression épouse d'ailleurs parfaitement une histoire assez banale, qui gagne justement en vivacité par le traitement concerné, mais jamais naïf du réalisateur.
On peut retrouver le manque de brillance superficielle dans le domaine de l'interprétation. En effet, personne parmi les illustres actrices et acteurs ne se présente sur son meilleur jour ici, en termes d'apparence, bien sûr. Mais cette laideur commune, ce vieillissement digne (la toujours aussi sublime Deneuve) rend les personnages d'autant plus attachants. Que ce soit Depardieu en homme d'affaires pitoyable dans son refus d'abandonner son premier amour, Malik Zidi en jeune adulte qui essaie de conjuguer son appétit sexuel homo et sa volonté de responsabilité envers sa copine et le fils de celle-ci, ou bien, Lubna Azabal toujours aussi intense dans un double rôle tortueux, ils ne sont tous que des reflets d'hommes et de femmes crédibles, loin de tout héroïsme, qui affrontent la vie comme ils peuvent.

Vu le 25 janvier 2005, au MK2 Hautefeuille, Salle 4

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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