Mouse
Réalisé par Kelly O’Sullivan, Alex Thompson
| Avec | Sophie Okonedo, Katherine Mallen Kupferer, Chloe Coleman, Tara Mallen, Iman Vellani, David Hyde Pierce |
| Durée | 120 minutes |
| Sortie | Date de sortie indéterminée |
| Note | 9/10 |
En 2002, Minnie et Callie, deux meilleures amies, se préparent à entamer leur dernière année de lycée. Minnie a toujours vécu dans l'ombre protectrice de son amie charismatique, mais lorsque leur relation se brise brusquement, elle doit commencer à se forger sa propre identité.
La critique
Par Mulder 06/09/2026
Mouse débute durant cet été 2002, chaud et suspendu dans le temps, où l’âge adulte semble encore être un pays lointain et où l’avenir peut se dessiner lors d’une soirée pyjama. Dans la banlieue de North Little Rock, en Arkansas, Minnie, incarnée avec une remarquable précision émotionnelle par Katherine Mallen Kupferer, se prépare à entamer sa dernière année de lycée aux côtés de sa meilleure amie de toujours, Callie, incarnée avec une confiance rayonnante par Chloe Coleman. Les deux jeunes filles s’adorent sincèrement, mais leur amitié s’est construite autour d’un déséquilibre discret : Callie est une artiste-née qui attire l’attention sans même le vouloir, tandis que Minnie s’est habituée à rester en marge des projecteurs. Callie peut s’imaginer à Juilliard, à Broadway, remporter des prix et mener une carrière glorieuse et spectaculaire ; Minnie a du mal à se représenter une vie qui lui appartiendrait vraiment. Écrit par Kelly O’Sullivan et co-réalisé par Kelly O’Sullivan et Alex Thompson, le film montre que les amitiés adolescentes peuvent être à la fois affectueuses et inégales sans pour autant devenir toxiques. Ses premières scènes dégagent la spécificité tangible d’une jeunesse à demi oubliée (les chansons diffusées par les haut-parleurs de la voiture, le rituel physique de la visite d’un vidéoclub, l’intensité théâtrale des conversations d’adolescents) et établissent un univers antérieur à l’ère des réseaux sociaux, qui ont transformé chaque émotion privée en une performance publique potentielle. Le cadre d’époque n’est pas une simple nostalgie décorative. Il crée un environnement émotionnel plus lent, dans lequel le silence, l’absence et l’impossibilité de contacter quelqu’un immédiatement conservent un poids particulier.
Cette atmosphère ensoleillée vole en éclats lorsque Callie meurt dans un accident de voiture, un événement révélé suffisamment tôt pour devenir le fondement de l’histoire plutôt que sa surprise finale. Mouse s’intéresse moins aux mécanismes de la tragédie qu’à l’ordre social inconfortable qui en découle. Minnie a perdu la personne autour de laquelle elle avait construit une grande partie de son identité, mais elle est sans cesse reléguée en marge par des camarades de classe plus visibles, plus éloquents et plus prompts à revendiquer leur place dans l’histoire de Callie. Cara, incarnée par Audrey Grace Marshall, transforme avec brio le souvenir en une mise en scène scolaire organisée, proclamant son chagrin avec l’assurance d’une candidate à une élection ; en son for intérieur, Minnie qualifie ce spectacle qui en résulte d’« Jeux olympiques du deuil ». Cette observation est pertinente, car de nombreux spectateurs reconnaîtront ce phénomène : après un décès, la légitimité émotionnelle peut sembler revenir à celui ou celle qui s’exprime en premier ou qui pleure le plus ouvertement. David Hyde Pierce, dans le rôle de M. Murdaugh, le professeur d’art dramatique, apporte un humour pince-sans-rire et une autorité bienveillante à cette agitation. Son personnage refuse de hiérarchiser le chagrin de quiconque, rappelant aux élèves que des expressions de deuil apparemment contradictoires peuvent toutes être authentiques. Le film fait preuve de la même générosité envers Cara. Son comportement peut être vaniteux, possessif et profondément blessant, mais elle n’est pas réduite à l’archétype de la « méchante fille », tout comme la plus grande proximité de Minnie avec Callie ne rend pas tous les choix de Minnie nobles.
La relation la plus captivante du film se noue entre Minnie et la mère de Callie, Helen, incarnée avec une maîtrise extraordinaire par Sophie Okonedo. Helen est une élégante Britannique, ancienne pianiste de concert, dont la demeure raffinée a autrefois offert à Minnie un refuge loin du désordre et des difficultés financières de son propre foyer. Après la mort de Callie, Minnie et Helen se rapprochent instinctivement l’une de l’autre, car chacune porte en elle des souvenirs dont l’autre a besoin. Leurs soirées ensemble, leurs repas partagés et les efforts d’Helen pour préparer Minnie au spectacle commémoratif de l’école ressemblent au premier abord à un sauvetage mutuel, mais Mouse est trop perspicace pour prétendre que le deuil puisse créer une fille de substitution sans conséquences. Minnie souhaite rester proche de Callie en occupant l’espace qu’elle a laissé derrière elle, tandis qu’Helen risque de transformer Minnie en une prolongation de l’enfant qu’elle ne peut plus retrouver. Leur intimité devient donc à la fois tendre, possessive et parfois néfaste. Sophie Okonedo fait de son sang-froid une coquille fragile plutôt qu’un signe de supériorité émotionnelle ; un regard maintenu une seconde de trop peut révéler à la fois de la gratitude et de l’inquiétude. Katherine Mallen Kupferer, quant à elle, exprime la confusion de Minnie à travers des hésitations et des éclairs de ressentiment, incarnant une adolescente qui ne parvient pas toujours à distinguer l’amour de la dépendance. L’idée centrale du film est que la douleur partagée ne crée pas automatiquement une relation saine : elle ne fait qu’ouvrir une brèche, et ce que les gens y déposent peut être réconfortant, égoïste, ou les deux à la fois.
Tout aussi importante est la relation de Minnie avec sa propre mère, Barbara, incarnée par Tara Mallen avec une chaleur sans artifice et une crédibilité poignante. Barbara travaille dans une clinique vétérinaire, remplit le modeste logement familial d’animaux abandonnés et étend ses soins maternels à un bébé adopté, créant ainsi précisément le genre de vie domestique bruyante et improvisée qui met sa fille mal à l’aise. Le contraste visuel entre les dîners réchauffés de Barbara et les repas sophistiqués d’Helen est quelque peu évident, mais les interprétations des actrices nuancent ce qui aurait pu devenir une opposition simpliste entre deux mères. Minnie confond raffinement et sécurité affective, et chaos et négligence, alors même que le foyer de Barbara est chaotique en grande partie parce qu’elle ne peut s’empêcher d’offrir un refuge à des créatures vulnérables. L’un des passages les plus émouvants du film se produit lorsque Barbara demande à Minnie de l’aider à euthanasier un chien âgé. La scène évite les grands discours, utilisant la tendresse concrète des soins vétérinaires pour confronter mère et fille à la réalité qu’elles ont toujours fui : aimer quelque chose n’empêche pas sa mort, et lâcher prise n’invalide pas cet amour. Lorsque Barbara et Helen finissent par se confronter, Mouse refuse de désigner l’une ou l’autre comme la figure maternelle légitime. Toutes deux pleurent une fille à leur manière : l’une parce que son enfant est mort, l’autre parce que son enfant vivant semble lui échapper.
Une forme plus discrète de possibilité se dessine grâce à Kat, une employée de vidéothèque incarnée avec un charisme naturel par Iman Vellani. Kat a elle-même vécu une perte importante et reconnaît la tristesse de Minnie sans exiger qu’elle l’exprime. Leur attirance se développe à travers des silences gênés, des compliments hésitants et les rires légèrement incrédules d’adolescentes découvrant que leurs sentiments pourraient être partagés. Ce qui est particulièrement rafraîchissant, c’est l’absence de crise conventionnelle autour de l’éveil queer de Minnie. Sa sexualité n’est pas traitée comme un nouveau désastre à résoudre, et Kat n’est pas non plus présentée comme un remède romantique miracle. Leur lien offre simplement à Minnie une relation qui existe indépendamment de Callie, lui permettant de se découvrir en dehors de l’identité de « meilleure amie en deuil ». Iman Vellani apporte de la légèreté sans pour autant banaliser le sujet, et sa présence illustre la conviction du film selon laquelle aller de l’avant ne nécessite pas de laisser les défunts derrière soi. Une nouvelle affection peut coexister avec un ancien chagrin. Cette idée transparaît également dans le traitement réservé à Brad, interprété avec sensibilité par Beck Nolan, dont l’apparence décontractée cache la confusion d’un petit ami à qui la culture refuse la permission d’exprimer son chagrin aussi ouvertement que les filles qui l’entourent. Même le père de Callie, incarné par Christopher R. Ellis, reste partie intégrante d’un paysage émotionnel plus vaste dans lequel chaque survivant a perdu une version différente de la même personne.
D’un point de vue formel, Mouse fonctionne mieux lorsqu’il s’appuie davantage sur les gestes, les objets et les silences gênants que sur les dialogues. L’été en Arkansas est filmé avec une douce intimité qui donne l’impression que le film est un souvenir plutôt qu’une reconstitution, tandis que des détails du début des années 2000, soigneusement choisis, ancrent le décor sans en faire une exposition de souvenirs de la génération Y. Une fleur récurrente, le dernier souffle d’un animal et les notes hésitantes d’un piano prennent peu à peu tout leur sens, sans s’imposer comme des symboles. Le spectacle de fin d’année de l’école aurait facilement pu devenir le théâtre d’une révélation triomphale où Minnie découvre un talent caché et gagne l’admiration de ses camarades. Au contraire, sa prestation est émouvante précisément parce qu’elle ne se transforme pas soudainement en Callie. Elle est maladroite, exposée et peut-être mal choisie pour ce rôle, mais elle mène son numéro à son terme car le fait d’apparaître telle qu’elle est importe davantage que de se produire à la perfection. Kelly O’Sullivan et Alex Thompson comprennent que la catharsis peut naître d’un échec honnête plutôt que d’une réussite conventionnelle. Leur maîtrise du ton est impressionnante tout au long du film : des scènes d’une tristesse dévastatrice sont suivies d’éclats d’humour pince-sans-rire, non pas pour neutraliser le chagrin, mais pour refléter la façon dont la vie quotidienne continue de s’y immiscer.
Avec ses deux heures de durée, le film s’attarde parfois au-delà du moment où l’impact est maximal, et son dénouement semble plus soucieux de mettre en avant la réconciliation que les premières parties, plus subtiles. Certains conflits surgissent ou se résolvent avec une netteté un peu trop évidente, tandis que certains dialogues de la fin expriment des sentiments que les acteurs avaient déjà su transmettre avec plus d’éloquence à travers leur jeu. Pourtant, ces faiblesses n’effacent pas la force cumulative d’un drame construit autour de contradictions émotionnelles plutôt que de méchants faciles à cerner. Katherine Mallen Kupferer livre une interprétation principale magnifiquement sobre, tandis que Sophie Okonedo confère à Helen la volatilité, la dignité et l’égoïsme d’une personne dont le chagrin ne peut être rendu socialement acceptable ; Tara Mallen, sans doute l’arme secrète de la distribution, veille à ce que le désordre apparent de Barbara se révèle peu à peu comme une autre forme de grâce. Au final, Mouse suggère que le passage à l’âge adulte n’est pas une transition nette de la dépendance à l’indépendance, et que la maturité n’appartient pas exclusivement aux jeunes. Minnie, Helen et Barbara doivent toutes revoir les récits qu’elles se racontent sur elles-mêmes. Humain, perspicace et d’une intensité discrète, le film trébuche peut-être lorsqu’il explique sa propre sagesse, mais ses plus beaux moments montrent que le deuil ne se surmonte pas : il s’intègre à la personne que l’on est encore en train de devenir.
Mouse
Réalisé par Kelly O’Sullivan et Alex Thompson
Écrit par Kelly O’Sullivan
Réalisé par Chelsea Krant, Pierce Cravens, Alex Thompson, Abigail Rose Solomon, Bonnie Comley, Stewart F. Lane, Steven A. Jones, Ian Keiser et Alex Wilson
Avec : Sophie Okonedo, Katherine Mallen Kupferer, Chloé Coleman, Tara Mallen, Iman Vellani, David Hyde Pierce
Direction de la photographie : Nate Hurtsellers, Luke Dyra
Sous la direction de Mike S. Smith
Musique de Hamilton Leithauser
Sociétés de production : Little Engine, Metropolitan Entertainment, Rosalind Productions, Runaway Train, Truant Pictures
Distribué par :
Dates de sortie : à confirmer
Durée : 120 minutes
Rendez-vous le 6 septembre 2026 au Centre international de Deauville