Le goût des merveilles
Réalisé par Eric Besnard (2015)
| Durée | 100 minutes |
| Sortie | 16/12/2015 |
| Note | 7/10 |
Au cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.
La critique
Par Mulder 14/12/2015
Le cinéma français a souvent tendance à vouloir appliquer des règles prédéfinies afin de minimiser les risques inhérents aux coûts de production. On se retrouve ainsi face à de nombreuses comédies interchangeables certes souvent réussies mais dénuées d’originalité. Pourtant, le cinéma d’auteur continue à exister et surtout à rester fidèle à notre héritage cinématographique reposant sur des scénarios intéressants et surtout des comédiens aguerris. Ce retour à un cinéma traditionnel, le réalisateur le revendique clairement dans son cinéma, sa vision intéressante de notre société actuelle. La maturité de tonalité qui se dégage du film Le goût des merveilles en fait une des surprises de cette fin d’année. Ancien scénariste (Le Convoyeur (2003), Le Nouveau protocole (2008), Babylon A. D. (2008)..), Eric Besnard continue à nous étonner par son parcours en qualité de réalisateur depuis son premier film Le sourire du clown (1998) jusqu’à ce film. Il aura ainsi pu travailler avec de nombreux comédiens reconnus tels que Jean Dujardin, Jean Reno, Clovis Cornillac, Audrey Dana, Josiane Balasko, Gérard Jugnot. Son nouveau film Le goût des merveilles lui permet cette fois-ci de travailler avec les comédiens Virginie Efira, Benjamin Lavernhe, Laurent Bateau, un casting nettement plus académique et en parfaite adéquation avec le sujet traité.
En plein cœur la Provence, nous découvrons une jeune agricultrice et ses deux enfants qui tentent de survivre malgré les dettes qui s’accumulent. Un curieux hasard, va ainsi amener Louise (parfaite Virginie Efira) à faire la rencontre de Pierre un autiste aussi surdoué que difficilement vivable. Le film traite donc avec une réelle tendresse du syndrôme d’Asperger et du regard que nous portons sur les personnes en proie à celui-ci. Loin de jouer sur des bases scénaristiques traditionnelles, le réalisateur et scénariste prône plutôt une volonté de donner de l’épaisseur à ses personnages. Il garde également à chaque moment la manière de voir les choses des deux personnages principaux que tout semble attirer l’un vers l’autre malgré leur différence.
La nature occupe également une part importante du récit. Elle représente ainsi une certaine harmonie à laquelle se retrouve confronter l’héroïne (la scène de déracinement des arbres est très émouvante) mais aussi le personnage de Pierre. Loin de vouloir nous présenter un énième duo non assorti, le réalisateur préfère donner au personnage de Pierre un angle anachronique. Passionné de lecture, Pierre est tout aussi à l’aise à maîtriser les nouvelles technologies, également il est toujours franc dans ses paroles quitte à froisser ses interlocuteurs. La manière de dépendre celui-ci rappelle aisément le film Starman de John Carpenter qui lui a servi de base au niveau de l’écriture.
Certes le sujet est simple et les rebondissements guère nombreux mais le réalisateur réussit à créer un univers intéressant et surtout des personnages aussi réalistes qu’attachants. Virginie Efira confirme encore une fois tout le bien que nous pensons de cette comédienne alternant avec la même réussite les films indépendants et les grosses productions françaises. La richesse du scénario et l’épaisseur de traits de son personnage explique la raison pour laquelle celle-ci s’est complètement investie dans ce rôle différent de ceux qu’elle a l’habitude d’interpréter. Son plaisir communicatif fait que nous suivons parfaitement cette histoire aussi belle que simpliste.
Vu le 2015 au siège UGC, Neuilly Sur Seine