Supergirl

Supergirl
Titre original:Supergirl
Réalisateur:Craig Gillespie
Sortie:Cinéma
Durée:108 minutes
Date:01 juillet 2026
Note:
Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.

Critique de Mulder

Pendant des décennies, Supergirl a vécu dans l’ombre de Superman, souvent définie par son célèbre cousin plutôt que par sa propre identité. Avec Supergirl, le réalisateur Craig Gillespie et la scénariste Ana Nogueira ont enfin décidé de changer la donne, en proposant un film qui met en avant la douleur, la colère et la complexité émotionnelle du personnage, plutôt que de la présenter simplement comme une version féminine de l’Homme d’acier. Adapté de la bande dessinée acclamée Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely, le film emmène les spectateurs loin de Metropolis, dans un coin rude et imprévisible de l’univers DC où se mêlent chagrin, vengeance, solitude et rédemption. Le résultat est un western spatial ambitieux qui n’atteint pas toujours les sommets qu’il vise, mais qui impose indéniablement Milly Alcock comme l’un des nouveaux visages les plus fascinants de l’univers DC.

Ce qui distingue immédiatement Supergirl du Superman de l’année dernière, c’est son ton. Alors que le précédent film DC de James Gunn célébrait l’espoir, la bienveillance et l’optimisme, ce film aborde une thématique bien plus sombre et introspective. Kara Zor-El n’est pas une héroïne sûre d’elle en quête de justice ; c’est une survivante marquée par les épreuves, porteuse de souvenirs que son cousin Clark Kent n’a jamais connus. Contrairement à Kal-El, Kara se souvient de Krypton, de sa famille, de sa culture, et du moment où elle a vu tout ce qu’elle aimait disparaître. Ce traumatisme définit chaque aspect de sa personnalité. Le film utilise habilement des bars intergalactiques, des planètes au soleil rouge et une galaxie peuplée de parias pour refléter l’isolement émotionnel de Kara. Elle erre dans l’espace à la recherche de distractions plutôt que d’un but, et ce fondement émotionnel confère à l’histoire une profondeur rarement explorée dans le cinéma de super-héros moderne.

Au cœur de tout cela se trouve Milly Alcock, dont la performance est sans conteste la plus grande réussite du film. Elle trouve le parfait équilibre entre le sarcasme, l’insouciance, la vulnérabilité et la compassion cachée de Kara. Tantôt elle apparaît comme une rebelle qui boit sans modération pour tenter d’oublier son passé, tantôt elle révèle les cicatrices émotionnelles dévastatrices qui se cachent sous la surface. Il y a dans son interprétation une authenticité brute qui empêche le personnage de devenir un simple assemblage de clichés. Milly Alcock comprend que la colère de Kara n’est autre que du chagrin revêtu d’une armure, et elle insuffle cette compréhension à chaque scène. Même lorsque le scénario peine parfois à développer pleinement ses idées, Milly Alcock ne perd jamais le contrôle de son personnage. Tout comme Robert Downey Jr. a transformé Iron Man en un personnage dépassant le cadre du scénario, Milly Alcock réussit à faire de cette version de Supergirl une création qui lui est propre.

Les moments les plus émouvants du film proviennent de son exploration de Krypton et d’Argo City. Plutôt que de reprendre l’histoire d’origine bien connue de Superman, le scénario propose des flashbacks déchirants qui révèlent les derniers jours de Kara auprès de sa famille. David Krumholtz et Emily Beecham insufflent une chaleur et une tragédie authentiques aux parents de Kara, créant des scènes souvent plus fortes sur le plan émotionnel que le récit se déroulant dans le présent. Ces séquences apportent enfin des réponses à des questions que les histoires de Superman ont rarement abordées : que se passe-t-il quand quelqu’un se souvient réellement de Krypton ? À quoi ressemble la culpabilité du survivant lorsque celui-ci peut se remémorer chaque visage disparu ? Ces moments transforment Kara, la faisant passer d’une super-héroïne traditionnelle à un personnage bien plus humain, et ils constituent le fondement émotionnel qui fait que son parcours continue de résonner longtemps après la fin de l’action.

Sur le plan visuel, Supergirl crée un vaste univers peuplé d’étranges extraterrestres, de planètes frontalières sauvages, de chasseurs de primes, de contrebandiers et de recoins oubliés de l’espace. L’influence de films tels que Mad Max : La Route de la fureur, True Grit et même Les Gardiens de la Galaxie est impossible à ignorer. Parfois, cela fonctionne à merveille, conférant au film une atmosphère cosmique-western distinctive. D’autres fois, l’inspiration semble un peu trop évidente, empêchant le film d’affirmer pleinement sa propre identité visuelle. Néanmoins, la conception artistique reste impressionnante tout au long du film, notamment dans la conception des créatures et la construction de l’univers. La galaxie donne l’impression d’être habitée et authentique, un lieu peuplé de civilisations qui semblent exister au-delà des besoins immédiats de l’histoire. Associé à une bande originale ponctuée de morceaux énergiques, le film conserve un fort élan même lorsque le récit devient parfois inégal.

Les personnages secondaires offrent des résultats mitigés. Eve Ridley livre une interprétation sincère dans le rôle de Ruthye, la jeune fille en quête de vengeance contre Krem, et sa relation avec Kara constitue le pilier émotionnel du film. Leur dynamique évolutive passe progressivement d’un partenariat réticent à quelque chose qui s’apparente à une relation fraternelle, même si le scénario précipite parfois cette évolution. Jason Momoa, quant à lui, endosse enfin le rôle que de nombreux lecteurs de bandes dessinées voulaient le voir jouer depuis des années : Lobo. Chacune de ses apparitions à l’écran est divertissante, chaotique et indéniablement charismatique. Malheureusement, son temps à l’écran semble étonnamment limité, laissant souvent les spectateurs en redemander de ce chasseur de primes le plus notoire de la galaxie. En revanche, Matthias Schoenaerts fait de son mieux avec le personnage de Krem des Collines Jaunes, mais celui-ci ne dépasse jamais le stade d’un méchant relativement classique. Dans un film empreint de complexité émotionnelle, Krem donne souvent l’impression d’être, de manière décevante, un personnage unidimensionnel.

Les séquences d’action sont énergiques et souvent brutales, soulignant la différence entre Kara et son cousin. Superman a tendance à se retenir ; Kara se bat fréquemment avec une agressivité qui reflète des années de douleur et de frustration refoulées. Le film démontre avec succès que Supergirl est tout aussi puissante que Superman tout en conservant son propre style de combat distinct. Pourtant, malgré plusieurs combats mémorables, le scénario souffre parfois de problèmes de rythme et d’une surabondance de fils narratifs. Certains personnages secondaires sont sous-développés, certaines intrigues secondaires semblent peu approfondies, et l’adaptation peine parfois à trouver l’équilibre entre le drame intime des personnages et l’aventure cosmique à grande échelle. On ne peut s’empêcher de penser qu’un scénario un peu plus ciblé aurait pu élever l’ensemble du film à un autre niveau.

Supergirl réussit parce qu’il comprend que la plus grande force de Kara Zor-El n’est pas sa capacité à voler, sa vision thermique ou son invulnérabilité. C’est sa résilience. C’est l’histoire d’une personne qui apprend à vivre avec la perte plutôt que de se laisser définir par elle. Bien que le film n’atteigne jamais tout à fait les sommets émotionnels ni l’assurance narrative de Superman, il met en scène une nouvelle héroïne captivante dont l’avenir au sein de l’univers DC semble incroyablement prometteur. Grâce en grande partie à la performance marquante de Milly Alcock, Supergirl s’impose comme une aventure cosmique imparfaite mais captivante qui permet enfin à la Fille d’acier de sortir de l’ombre de Superman et de revendiquer une identité qui lui est entièrement propre.

Supergirl
Réalisé par Craig Gillespie
Scénario : Ana Nogueira
D'après les personnages de DC et Supergirl : Woman of Tomorrow
Produit par James Gunn et Peter Safran
Avec Milly Alcock, Matthias Schoenaerts, Eve Ridley, David Krumholtz, Emily Beecham, David Corenswet et Jason Momoa
Directeur de la photographie : Rob Hardy
Montage : Tatiana S. Riegel et Fred Raskin
Musique : Claudia Sarne
Sociétés de production : DC Studios, Troll Court Entertainment, The Safran Company
Distribué par Warner Bros. Pictures (dans le monde entier)
Dates de sortie : 22 juin 2026 (Brooklyn), 26 juin 2026 (États-Unis), 1 juillet 2026 (France)
Durée : 108 minutes

Vu le 25 juin 2026 à Paris à l’Elysée Lincoln

Note de Mulder: