Toy Story 5

Toy Story 5
Titre original:Toy Story 5
Réalisateur: Andrew Stanton
Sortie:Cinéma
Durée:102 minutes
Date:17 juin 2026
Note:
Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur rôle remis en question lorsqu’ils découvriront que ce qui obsède les enfants d’aujourd’hui, c’est… l’électronique !

Critique de Mulder

Plus de trois décennies après que Pixar a révolutionné l’animation avec le premier Toy Story, il aurait été facile de considérer ce cinquième volet comme superflu, surtout après les fins émouvantes et satisfaisantes proposées tant par Toy Story 3 que par Toy Story 4. Au contraire, Toy Story 5 réussit un exploit remarquable : il trouve une nouvelle raison d’être. Sous la direction d’Andrew Stanton, la franchise revient non pas en reprenant les vieilles formules, mais en explorant une nouvelle réalité de l’enfance façonnée par les écrans, les réseaux sociaux et la compagnie numérique. Pourtant, derrière ce postulat d’actualité se cache la même émotion qui a toujours défini la série. Ce n’est pas vraiment un film opposant la technologie aux jouets. C’est une histoire qui parle d’appartenance, d’estime de soi, d’amitié et de la peur d’être laissé pour compte, des thèmes qui trouvent un écho tout aussi fort chez les adultes que chez les enfants.

La décision créative la plus judicieuse prise par Pixar est de placer Jessie au cœur du récit. Doublée avec une chaleur et une vulnérabilité extraordinaires par Joan Cusack, la cow-girl tant aimée bénéficie enfin de la place qu’elle mérite depuis son apparition déchirante dans Toy Story 2. Quiconque se souvient encore du bouleversement émotionnel provoqué par la séquence When She Loved Me comprendra immédiatement pourquoi ce film touche autant. Plutôt que de se contenter de raviver de vieilles blessures, Toy Story 5 explore la manière dont ces expériences continuent de façonner Jessie des années plus tard. Sa peur de l’abandon n’a jamais vraiment disparu, et alors que Bonnie commence à s’intéresser à de nouvelles choses, ces insécurités refont surface avec force. Pixar transforme habilement ce qui aurait pu n’être qu’une simple suite en une étude de personnage émouvante, permettant à Jessie d’affronter son passé tout en découvrant sa propre valeur, au-delà de l’approbation d’un seul enfant.

Le conflit central du film s’articule autour de Bonnie, désormais plus âgée et qui peine à nouer des liens avec des enfants de son âge. C’est là qu’entre en scène Lilypad, un appareil ressemblant à une tablette, doublé par Greta Lee, conçu pour aider les enfants à socialiser grâce à la technologie. Des films de moindre envergure auraient fait de Lilypad une méchante sans nuance, mais Pixar adopte une approche bien plus nuancée. Le scénario reconnaît à la fois les avantages et les dangers de la vie numérique, admettant que la technologie peut créer des liens significatifs tout en isolant les gens du monde qui les entoure. Dans l’une des idées les plus pertinentes du film, les jouets se rendent compte que leur plus grande menace n’est pas un autre jouet, mais une culture en pleine mutation. Voir Jessie tenter désespérément de préserver l’imagination de Bonnie dans un monde de plus en plus dominé par les écrans donne lieu à certains des moments les plus pertinents et les plus stimulants de la franchise.

En même temps, Toy Story 5 n’oublie jamais qu’il est censé divertir. Le film est peut-être même le plus drôle de la série depuis Toy Story 2, regorgeant de gags visuels inventifs et de situations merveilleusement absurdes. Parmi les nouveaux personnages, Smarty Pants, doublé par Conan O’Brien, se distingue particulièrement : son gadget d’apprentissage de la propreté, d’une ridicule glorieuse, vole la vedette dans presque toutes les scènes où il apparaît. Aux côtés de Craig Robinson dans le rôle d’Atlas et de Shelby Rabara dans celui de Snappy, ces nouveaux personnages insufflent une énergie comique nouvelle à une série qui aurait facilement pu se contenter de miser uniquement sur la nostalgie. Tout aussi mémorable, l’intrigue secondaire délicieusement chaotique mettant en scène toute une armée de figurines de Buzz l’Éclair convaincues d’être en mission pour rejoindre le Star Command. C’est exactement le genre de folie ludique qui rappelle au public pourquoi Pixar reste l’un des conteurs les plus inventifs de l’animation.

Les personnages préférés du public sont utilisés à bon escient tout au long du film. Tom Hanks et Tim Allen se glissent sans effort dans les rôles de Woody et Buzz, emportant avec eux des décennies d’histoire émotionnelle. Bien que Woody joue cette fois-ci davantage un rôle secondaire, sa présence reste significative, notamment en rappelant le long chemin parcouru ensemble par ces personnages. Buzz, quant à lui, bénéficie de l’un de ses meilleurs rôles depuis des années, redécouvrant le charme, le courage et la sincérité qui ont fait de lui un personnage emblématique dès le départ. Plutôt que de dominer le récit, les deux personnages s’effacent avec élégance pour laisser le parcours de Jessie occuper le devant de la scène, ce qui renforce la force du film.

Sur le plan visuel, Toy Story 5 est sans doute l’épisode le plus impressionnant de la franchise. Les artistes de Pixar continuent de repousser les limites de la technologie d’animation à des niveaux étonnants, avec des environnements qui semblent souvent photoréalistes. L’eau, la lumière du soleil, les animaux et les paysages naturels sont rendus avec un niveau de détail à couper le souffle, sans que le film ne perde jamais la chaleur et le charme stylisé qui définissent la série. Les séquences imaginatives inspirées par la créativité de Bonnie sont particulièrement saisissantes : elles se transforment en styles visuels artistiques qui célèbrent le pouvoir illimité de l’imagination enfantine. Ces moments nous rappellent que, si la technologie évolue, le besoin humain de rêver et de créer reste intemporel.

Sur le plan émotionnel, le film fait forte impression. La bande originale de Randy Newman s’avère une fois de plus indispensable, tissant des thèmes familiers dans de nouveaux arrangements qui transportent instantanément le public à travers l’histoire de la franchise. Plusieurs scènes évoquant les souvenirs de Jessie sont véritablement bouleversantes, non pas parce qu’elles manipulent les émotions, mais parce qu’elles semblent méritées au terme d’années de narration. Le film comprend que la nostalgie à elle seule ne suffit jamais ; ce qui importe, c’est d’utiliser cette nostalgie pour révéler quelque chose de significatif sur le présent. En reliant le parcours personnel de Jessie à la quête de Bonnie pour trouver une véritable amitié, Pixar tisse une histoire à la fois intime et universelle.

La musique a toujours été l’un des ingrédients secrets de la puissance émotionnelle de la franchise Toy Story, et Toy Story 5 perpétue magnifiquement cette tradition. Randy Newman prouve une fois de plus pourquoi son nom est indissociable de ces personnages, en proposant une bande originale qui concilie avec aisance nostalgie et renouveau. Tout au long du film, des motifs musicaux familiers s’entremêlent à de nouvelles compositions, rappelant subtilement au public le parcours que Woody, Buzz et surtout Jessie ont partagé au cours des trois dernières décennies. La bande originale atteint ses moments les plus puissants chaque fois que le film revisite les souvenirs de Jessie concernant Emily, avec de délicates références à When She Loved Me qui font écho, sur le plan émotionnel, à l’une des scènes les plus emblématiques de Pixar.

Plutôt que de se contenter de jouer sur la nostalgie, Randy Newman utilise ces thèmes pour approfondir l’histoire de Jessie et souligner son évolution. L’impact émotionnel est extraordinaire, transformant des scènes déjà émouvantes en véritables moments à faire pleurer. Le travail de Newman est complété par la chanson originale I Knew It, I Knew You, interprétée par Taylor Swift, qui retentit pendant les derniers instants du film et semble parfaitement adaptée aux thèmes de l’amitié, du changement et de l’acceptation abordés par le film. Tout comme You’ve Got a Friend in Me est devenu synonyme de la franchise, la contribution de Taylor Swift capture ce sentiment doux-amer qui consiste à s’accrocher à des souvenirs chers tout en embrassant de nouveaux départs. Ensemble, Randy Newman et Taylor Swift offrent une conclusion musicale qui laisse le public submergé par l’émotion bien après le début du générique, ajoutant ainsi un nouveau chapitre mémorable à l’un des héritages musicaux les plus appréciés du cinéma.

Au final, Toy Story 5 s’impose comme un rappel triomphant des raisons pour lesquelles cette franchise reste l’une des plus grandes réussites du cinéma. Il allie humour, émotion, intelligence et maîtrise visuelle avec une assurance que peu de films d’animation peuvent égaler. Plus important encore, il prouve que ces personnages ont encore des histoires qui méritent d’être racontées. Si le film explore l’influence croissante de la technologie, son message ultime est d’un optimisme rafraîchissant : les liens authentiques, l’imagination et la gentillesse compteront toujours, peu importe à quel point le monde change autour de nous. À l’instar des meilleurs films Pixar, Toy Story 5 divertit les enfants tout en s’adressant directement aux adultes qu’ils deviendront. Drôle, émouvant, plein de perspicacité et magnifiquement réalisé, c’est une digne suite d’une saga légendaire et l’une des plus belles réussites de Pixar depuis des années.

Toy Story 5
Réalisé par Andrew Stanton
Écrit par Andrew Stanton, Kenna Harris
Histoire d’Andrew Stanton
Produit par Lindsey Collins, Jessica Choi
Avec Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack, Greta Lee, Conan O'Brien, Tony Hale, Craig Robinson, Shelby Rabara, Scarlett Spears, Mykal-Michelle Harris, Matty Matheson, John Ratzenberger, Wallace Shawn, Blake Clark, Jeff Bergman, Anna Vocino, Annie Potts, Bonnie Hunt, Melissa Villaseñor, John Hopkins, Kristen Schaal, Ernie Hudson, Bad Bunny, Keanu Reeves, Ally Maki, Alan Cumming
Directeur de la photographie : Matt Aspbury, JC Kalache
Montage : Jennifer Jew
Musique : Randy Newman
Société de production : Pixar Animation Studios
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Dates de sortie : 9 juin 2026 (Los Angeles), 17 juin 2026 (France), 19 juin 2026 (États-Unis)
Durée : 102 minutes

Vu le 12 juin 2026 au Pathé Beaugrenelle, salle Dolby Cinéma

Note de Mulder: