Secret d'état
Réalisé par Michael Cuesta (2014)
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 26/11/2014 |
| Note | 6/10 |
En 1996, le journaliste d’investigation Gary Webb écrit sur la saisie de la propriété de dealers présumés par le gouvernement américain. Son travail lui vaut l’attention de Coral Baca, la petite amie d’un de ces trafiquants inculpés. Elle met Webb sur une affaire encore plus importante. Grâce aux documents confidentiels que Coral lui transmet, il découvre que l’arrivée massive de la cocaïne aux Etats-Unis au milieu des années ’80 aurait été un effet secondaire du financement secret des rebelles au Nicaragua par la CIA. Il mène son enquête auprès de sources d’information plus ou moins fiables. Son article fait l’effet d’une bombe au moment de sa publication. Mais très vite, les méthodes de Webb sont mises en question.
La critique
Par Tootpadu 18/11/2014
Entre le discours officiel et la vérité, il existe parfois un décalage important. Dans une démocratie en état de marche, le rôle d’explorer et de dénoncer cette différence revient à la presse. Seulement quand cette dernière ne peut pas s’exprimer librement et corriger ainsi des dysfonctionnements plus ou moins sérieux, la machine s’enrayera et la méfiance et les fabulations de complot fleuriront. C’est ainsi que nous avons compris l’entrée en la matière de ce thriller plutôt poignant, qui fait passer en revue les déclarations d’intention à fort caractère hypocrite des présidents américains successifs, de Richard Nixon à Ronald Reagan, pendant le générique du début. La lutte contre le fléau de la drogue y est prônée à coups de discours bien intentionnés, alors qu’en même temps, l’économie parallèle de la procuration et de la distribution des substances illicites grandit à une vitesse exponentielle. Or, l’action de Secret d’état a lieu encore plus tard, au milieu des années ’90, quand l’Amérique vivait sa dernière période de prospérité insouciante jusqu’à ce jour.
Cette légère mise à distance dans le temps justifie en quelque sorte celle – sensiblement plus grande – avec notre époque actuelle, où la guerre contre les barons de la drogue est le moindre des soucis des dirigeants nationaux, à l’exception des Mexicains. L’existence ou plus précisément la pertinence d’un film comme celui-ci en l’an 2014 s’explique moins par l’investissement à longue haleine de ses producteurs, que par le contexte des révélations récentes par Edward Snowden, qui ébranlaient une fois de plus la confiance aveugle des Américains en leur gouvernement. Comme l’ancien agent de la NSA, le protagoniste du film tient à révéler toute la vérité, quitte à récolter des conséquences personnelles graves pour sa franchise. La mise en scène de Michael Cuesta ne se montre jamais si platement opportuniste qu’elle ferait référence à ce héros décrié dans la lignée de Gary Webb. Mais le film dans son ensemble contient certains points communs entre ces deux hommes. Il s’emploie surtout à montrer presque tout le parcours du journaliste intransigeant, l’accompagnant encore longtemps après sa brève heure de gloire.
La partie la plus fascinante du film reste toutefois la première, au cours de laquelle Webb mène fiévreusement son enquête. Les valeurs les plus nobles du métier de journaliste y sont célébrées au rythme d’un thriller haletant. La suite est bien sûr moins grandiose, mais pas forcément dépourvue d’intérêt, puisque les failles du travail et de la personnalité de Webb y sont évoquées sans trop de complaisance. Que les conclusions douces-amères de cette affaire préoccupante se voient reléguées au générique de fin n’était peut-être pas la décision la plus judicieuse en termes de tension dramatique. Sauf qu’à ce moment-là, le récit avait de toute façon déjà quitté depuis longtemps l’étude des mécanismes d’investigation de Webb, pour mieux se concentrer sur le volet personnel de son assassinat moral. Il en résulte un film solide, qui jongle assez adroitement avec l’ambition à l’excellence professionnelle à tout prix et les revers privés d’un tel état d’esprit sans compromis.
Vu le 18 novembre 2014, au Metro, en VO