Frères Rico (Les)

Réalisé par Phil Karlson (1958)

Gangster
Frères Rico (Les)
Durée 92 minutes
Sortie 18/04/1958
Note 6/10

L’ancien comptable de la mafia Eddie Rico croit avoir tiré un trait sur son passé trouble. Devenu le patron d’une blanchisserie, il espère adopter prochainement un enfant avec sa femme Alice. Un coup de fil en pleine nuit anéantit tous ces projets. A la demande du caïd Sid Kubik, Eddie devra cacher un fugitif dans son entreprise. Les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là, puisqu’il apprend également que ses frères cadets ont été mêlés à l’assassinat du parrain Carmine. Tandis qu’il conseille à son frère Gino de suivre les ordres de l’organisation, Eddie se voit contraint de partir à la recherche de son autre frère Johnny.

La critique

Par Tootpadu 23/10/2014

Phil Karlson, artisan honnête de la série B, ne fait pas dans l’esbroufe formelle avec ce film de genre fort solide. Au fil d’une intrigue sobrement linéaire, le personnage principal se lance dans une quête de rédemption perdue d’avance, en raison de l’omniprésence et de la toute-puissance de la pègre. Richard Conte y interprète le type de rôle associé autrefois à Edward G. Robinson, James Cagney et Humphrey Bogart, resté pratiquement sans progéniture ultérieure. Vaguement valeureux, Eddie Rico est un criminel reconverti à une existence respectable. Il s’y accroche au principe de la famille comme structure de base commune aux philosophies des deux côtés de la loi, tout en faisant abstraction de la violence aveugle qui le rattrapera impitoyablement. Son périple s’apparente en effet à une tentative de symbiose impossible entre l’honneur du gangster sans envergure, qui n’est qu’un rouage dispensable dans la mécanique du crime organisé, et le raisonnement beaucoup trop crédule d’un futur père de famille, qui participe malgré lui au déclin de la sienne.

Comme ce fut souvent le cas dans les films au budget modeste produits à la chaîne par les studios hollywoodiens jusqu’à la fin des années 1950, les thématiques prépondérantes de la société américaine de l’époque imprègnent sensiblement le cadre formel sans signe distinctif. La narration sans fioriture contribue ainsi avant tout à une lente montée de l’insécurité autour du personnage principal. La menace avance d’abord sournoisement, en perturbant la quiétude du foyer à travers cet appel téléphonique qui déclenche un désenchantement de plus en plus brutal. L’aîné des Rico pense encore maîtriser la situation, convaincu qu’il est que ses anciens commanditaires ne constituent qu’une nuisance mineure dans un quotidien désormais rythmé par des préoccupations très bourgeoises. Or, la désillusion finit par se mêler à la reconnaissance de l’impuissance, face à une machine illégale qui broie ses propres enfants sans scrupules.

Le seul aspect trop expéditif et convenu du récit est par conséquent l’épilogue, qui ouvre miraculeusement la voie au bonheur interdit au héros depuis plus d’une heure. L’édifice psychologique de l’intrigue avait certes déjà montré une fêlure, dès la prise de conscience de la part d’Eddie de la voie erronée qu’il avait empruntée jusque là. Mais ce sursaut s’était accompagné d’une noirceur des faits qui réduisait prestement à néant tous les efforts du chef de famille par défaut de préserver les siens. Car au dénouement bâclé près, la narration suit calmement une logique implacable, qui trouve son reflet indirect dans une société américaine proche du point de rupture, après les nombreux espoirs déçus à la fin d’une décennie truffée de discours faussement rassurants. Bien sûr, l’ambition d’un film comme Les Frères Rico n’est pas de dresser un état des lieux du malaise collectif américain à cette époque-là. Il s’y inscrit néanmoins avec une facilité, qui laisse d’ores et déjà entr’apercevoir les grandes lignes des épopées de gangster magistrales à venir, comme Le Parrain de Francis Ford Coppola.

 

Vu le 22 octobre 2014, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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