Trains étroitement surveillés

Réalisé par Jiri Menzel (2014)

Comédie ferroviaire, Reprise
Trains étroitement surveillés
Durée 93 minutes
Sortie 12/11/2014
Note 6/10

Alors que son pays est occupé par l’armée allemande, le jeune Milos Hrma commence son stage à la gare de la petite ville tchèque de Kostomlaty. Parmi ses collègues, c’est surtout le sous-chef de gare Hubicka, un coureur de jupons invétéré, qui l’impressionne. Encore puceau, Milos rêve de franchir le pas avec la jolie contrôleuse Macha. Mais au moment fatidique, la virilité lui fait soudainement défaut.

La critique

Par Tootpadu 21/10/2014

Le premier film de Jiri Menzel, Oscar du Meilleur Film étranger en 1968, correspond parfaitement au moule d’œuvres récompensées par ce prix que l’Académie du cinéma américain daigne donner au cinéma du monde. L’époque à laquelle se déroule l’action est assez loin pour ne pas attiser les tensions de la Guerre froide, alors à son comble. Mieux encore, elle permet de renforcer les stéréotypes manichéens du dernier conflit armé que les Américains et leurs alliés ont gagné sans équivoque. Et puis, l’intrigue se démarque par un pittoresque folklorique, qui lorgne certes vers l’érotisme, mais d’une façon si inoffensive qu’il ne devient à aucun moment graveleux. De ce côté-là, Trains étroitement surveillés fait presque preuve d’un tempérament latin, par sa proximité thématique et temporelle avec les comédies italiennes des années 1960, par exemple.

Néanmoins, en regardant de plus près, on peut déceler une personnalité plutôt charmante derrière les déboires d’un innocent, qui ignore comment séduire afin de coucher. A commencer par un humour caustique que l’on qualifierait de typiquement tchèque, faute de repères clairement établis en la matière. Ainsi, les deux nigauds qui regardent tranquillement leur collègue âgé perdre l’équilibre et s’écrouler par terre sans lui venir en aide ou les frustrations de leur supérieur hiérarchique, appelé à une carrière brillante et pourtant incapable de ne pas s’énerver à la moindre provocation de la part du fainéant Hubicka, constituent autant de clins d’œil à l’esprit comique d’un pays, dont nous ne connaissions jusqu’à présent que les premiers films de Milos Forman et Pan Tau, un personnage emblématique de notre enfance.

De même, la présentation au début du film de la longue lignée d’individus grotesques dont descend pas sans fierté le protagoniste à l’esprit simple se clôt sur son père, le plus paresseux des personnages, déjà à la retraite à la cinquantaine. Cette image renvoie au moins indirectement à l’idée que l’on se faisait sans doute de l’Etat providence des régimes communistes de l’autre côté du rideau de fer. Enfin, en termes de mœurs, le scénario se montre relativement libertin. Comme déjà indiqué plus haut, la quête libidineuse de Milos passe par des stades successifs plus savoureux les uns que les autres. Or, ces découvertes sexuelles qui mèneront tôt ou tard au dépucelage ne fournissent en fin de compte que l’arrière-plan joyeux d’une épopée intimiste sur l’impuissance d’un homme en particulier, et de tout un processus d’endoctrinement en général.

 

Vu le 21 octobre 2014, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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