Zero theorem

Réalisé par Terry Gilliam (2014)

Science-fiction
Zero theorem
Durée 107 minutes
Sortie 25/06/2014
Note 6/10

Qohen Leth est l’un des meilleurs analystes de chiffres abstraits au service de l’entreprise Mancom. Malgré sa renommée professionnelle, c’est un homme solitaire et névrosé, qui est convaincu de mourir prochainement. En attente d’un coup de fil de la plus haute importance, Qohen dépose une demande officielle afin de pouvoir désormais travailler depuis chez lui. Son boss, l’énigmatique Management, n’accepte cette requête qu’à une condition : que son plus studieux ouvrier tente de décrypter le Zero Theorem, un calcul gigantesque au bout duquel se trouverait l’explication du but de l’existence.

La critique

Par Tootpadu 26/06/2014

L’aspect le plus triste de la filmographie de Terry Gilliam est qu’il n’a jamais tout à fait atteint le statut du visionnaire virtuose auquel ce réalisateur inclassable paraissait prédestiné, une fois qu’il s’était défait de ses origines auprès des Monty Python. Visiblement, plus personne ou presque n’attend le nouveau film de celui qui peut désormais être considéré comme un confrère proche de Jean-Pierre Jeunet et de Tim Burton, d’autres victimes de la suprématie de la forme baroque sur un fond de plus en plus creux. Gilliam ne peut certes rien pour cette sortie française en catimini, éclipsée par l’engouement public pour le foot mondial et l’honneur douteux de bénéficier comme tant d’autres films à la qualité discutable avant lui du coup de pouce de la Fête du cinéma. En faisant abstraction du contexte de distribution assez honteux, on peut toutefois y voir un commentaire pas sans mérite sur la vacuité de notre époque, dont Zero theorem est une anticipation à peine voilée.

La mécanique du spectacle à la Terry Gilliam y fonctionne encore avec une certaine fluidité, grâce aux décors mi-kitsch, mi-délabrés et aux effets spéciaux empreints d’une étrange beauté. De toute façon, nous n’avons jamais trop su résister à l’attrait visuel des films du réalisateur. La question cruciale y est par contre toujours à quelle finalité narrative sert cette opulence plastique, sublimée ici par l’intégration entière de l’artifice virtuel. Alors que les sens sont obnubilés par des paradis factices, l’esprit aurait presque tendance à s’ennuyer devant cette parabole sur la nature inextricable de la solitude et sur l’absurdité de l’existence. Car le douzième film de Terry Gilliam entreprend la tâche hasardeuse de faire tourner toute une intrigue autour du vide : les craintes, les phobies et les tentatives timides d’échapper à son sort sinistre n’amènent le protagoniste que vers la certitude vaporeuse que la vie ne rime à rien.

Face à cette vacuité pleinement assumée, le scénario se permet néanmoins un regard ironique sur les dérives d’une société, qui se soumet sans broncher aux chimères de son propre narcissisme. Ce nombrilisme au bout duquel se trouve le genre de solitude exacerbée à laquelle Qohen est un des rares à rester sensible, se manifeste par exemple à travers cette fête où les convives ne dansent plus avec les autres, mais avec leur reflet dans leurs téléphones portables. Ces observations sur la prise de contrôle irrémédiable de la machine sur l’homme se poursuivent de même dans le thème éculé de la surveillance permanente, auquel le récit peine à apporter une quelconque originalité. En effet, le problème principal de ce film fascinant – quoique pas complètement concluant – se situe du côté d’un risque de conformisme de la part du réalisateur. Tandis que ce dernier savait autrefois dépasser nos attentes, il y répond ici simplement par une aventure aux multiples pistes de réflexion, dont aucune ne débouche en fin de compte sur une vision révolutionnaire de notre monde en panne de goût et de joie de vivre.

 

Vu le 25 juin 2014, au Majestic Bastille, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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