Big bad wolves

Réalisé par Aharon Keshales, Navot Papushado (2014)

Policier
Big bad wolves
Durée 110 minutes
Sortie 02/07/2014
Note 5/10

Michaela, la fille de l’ancien officier Gidi, a été enlevée. L’inspecteur Micki mène l’enquête et a déjà arrêté un suspect, le professeur de théologie Dror qui aurait été vu avec l’enfant. Afin de lui arracher des aveux et retrouver sa victime vivante, Micki et ses collègues le passent à tabac. Mais ses supérieurs l’obligent à relâcher Dror, faute de preuves. Peu de temps plus tard, le corps décapité de Michaela est retrouvé dans un bois. Micki est mis à pied, aussi parce qu’une vidéo de ses méthodes musclées d’interrogatoire circule sur internet. Il cherche alors par ses propres moyens de prouver la culpabilité du principal suspect. Une tâche dans laquelle il est vite dérangé par Gidi, qui a lui aussi juré vengeance.

La critique

Par Tootpadu 12/06/2014

La musique pompeuse de Frank Ilfman donne le ton dès le générique de ce film israélien. On pourrait y reconnaître le genre de thème lourd de prémonitions dont Bernard Herrmann détenait le secret pour ses compositions des meilleurs thrillers hitchcockiens, si cette insistance assez subtile n’était pas amplifiée outre mesure, au point de se rapprocher dangereusement de la grandiloquence musicale dont Danny Elfman se rend parfois coupable. La gravité excessive de la bande son y est de surcroît accentuée encore par des figures de style visuels, comme le ralenti, qui ne nous laissent espérer rien de délicat pour la suite. Alors que la surcharge musicale ne fera hélas jamais défaut à Big bad wolves, son jeu plus ou moins habile avec les codes du film de genre lui réussit déjà davantage. C’est sans doute cette faculté de changer abruptement de registre qui avait enthousiasmé Quentin Tarantino, au point que le réalisateur américain considère le film de Aharon Keshales et Navot Papushado comme l’un des meilleurs de l’année, si l’on peut croire sa citation sur l’affiche française du film. Or, pour notre part, nous l’avons plutôt trouvé fâcheusement inégal, à l’image d’un passage en revue formellement brillant, mais très creux, de toutes les recettes susceptibles de tenir en haleine le spectateur contemporain.

Le récit d’une vengeance barbare est en effet rythmé par un nombre important de changements de ton, qui finissent par priver la narration d’un fil rouge à peu près crédible. L’idylle enfantine du jeu de cache-cache initial ne dure ainsi que peu de temps, avant que l’histoire ne bascule vers un polar sans concession, où les flics emploient des moyens guère légaux pour trouver l’assassin présumé. La première faiblesse scénaristique survient d’ailleurs dès l’introduction de deux personnages principaux, qui surgissent sans la moindre introduction formelle. La pauvreté de leur description n’est point comblée par la suite, puisque leur affrontement manichéen ne sera relativisé que par le harcèlement dont Dror est la cible dans son lycée. Ce changement ponctuel de point de vue suffira certes pour maintenir le doute sur les véritables motivations de cet homme très banal. Il ne permettra par contre pas à la deuxième moitié du film de gagner en épaisseur morale.

Après avoir évoqué superficiellement des sujets comme la pédophilie ou les bavures commises par les policiers, la narration se concentre exclusivement sur une séance de torture en règle. Le sadisme palpable tout au long de cette dernière heure de film rapproche ce dernier irrévocablement du film d’horreur, avec la prise d’un plaisir morbide hautement discutable que cela implique. L’ambiguïté des personnages y passe de plus en plus à l’arrière-plan, au profit d’un suspense teinté d’humour noir. Le décalage flagrant entre la mutilation méthodique du corps de Dror et les petits soucis familiaux sans gravité de Gidi a par ailleurs tendance à écarteler le ton du film, jusqu’à ce qu’il ne ressemble plus à rien. La surenchère pesante du début, retravaillée inlassablement par une musique qui ne sait définitivement pas se rendre discrète, se termine alors sur une fin bâclée. Celle-ci nous ferait presque oublier les quelques morceaux disparates de bravoure formelle, tout à fait en accord avec l’ambition d’un exercice de style que ce film bancal affiche sans fausse pudeur.

 

Vu le 11 juin 2014, au Metro, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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