Dernier nabab (Le)

Réalisé par Elia Kazan (1977)

Drame
Dernier nabab (Le)
Durée 123 minutes
Sortie 13/04/1977
Note 5/10

Dans les années 1930, le producteur Monroe Stahr est l’homme le plus influent d’un studio hollywoodien. Depuis la mort de sa fiancée, l’actrice Minna Davis, il se plonge corps et âme dans son travail. Lorsqu’il inspecte les dégâts causés par un tremblement de terre en pleine nuit, il aperçoit une jeune femme échouée sur une partie du décor qui risque d’être emportée par les flots. La vision de cette inconnue, qui lui rappelle Minna, ne le quitte plus. Il finit par la retrouver. Mais Kathleen Moore se dérobe à ses manœuvres de séduction, en gardant une part de mystère qui échappe à l’influence démesurée de Monroe.

La critique

Par Tootpadu 24/06/2014

L’illustre carrière du réalisateur Elia Kazan avait commencé après la guerre, et donc sensiblement plus tard que l’époque de l’âge d’or de Hollywood évoquée dans son dernier film. Pourtant, il a dû en savoir assez sur les rouages de la fabrique des rêves du cinéma américain, pour ne pas se faire d’illusions sur le mécanisme du pouvoir qui y règne jusqu’à ce jour, animé davantage par l’appât du gain que par un quelconque idéalisme artistique. La déception est alors de taille, puisque Le Dernier nabab est un film fâcheusement bancal, qui ne réussit que dans une seule séquence à élaborer une mise en abîme saisissante de l’univers artificiel qui fait rêver les spectateurs à travers le monde depuis plus d’un siècle. Au lieu d’être un règlement de compte savoureux avec l’usine cinématographique, qui broie les hommes au rythme de leurs succès et de leurs échecs au box-office, il s’agit d’un film qui souffre des lacunes qu’il prétend relever.

L’occupation principale du protagoniste consiste à regarder dans sa petite salle de projection privée les films en production et d’y apporter des coupes, susceptibles de les rendre plus attrayants aux yeux du public. Comme l’ont fait des centaines de producteurs avant et après lui, Monroe Stahr y applique froidement la loi de l’offre et de la demande. Tout cela sans se soucier outre mesure de l’intégrité artistique des réalisateurs et des scénaristes, qu’il considère au demeurant comme des artisans au service de son pouvoir de décision suprême. Hélas, l’agencement dramatique de cet hommage-ci ne se conforme point au même impératif de divertissement. Il a au contraire tendance à s’éparpiller, notamment avec cette histoire d’amour annexe, qui dilue la monstruosité du personnage principal dans une tentative maladroite de le rendre plus humain et vulnérable. L’interprétation de Robert De Niro, alors un jeune espoir majeur du cinéma américain, s’en ressent, même s’il sait préserver une certaine ambiguïté à cet homme pragmatique, mais pas tout à fait dépourvu d’états d’âme. La pléthore d’autres acteurs de renom, soigneusement repartis entre l’ancienne (Dana Andrews, Ray Milland, Robert Mitchum) et la nouvelle garde (Theresa Russell, Anjelica Huston), doivent se contenter de rôles beaucoup plus ternes.

L’aspect le plus frustrant de ce film hautement inégal est cependant que dans son cœur se situe un bref moment de vérité, auquel il manque la force de rayonner sur l’ensemble d’un récit assez mou. Un scénariste britannique, aussi peu à l’aise avec l’écriture filmique que F. Scott Fitzgerald et Harold Pinter, respectivement les auteurs du roman et de son adaptation, y a été convoqué par Stahr, mécontent de son travail. Il suffit alors au producteur d’entraîner son salarié dans une parabole aussi simple qu’efficace sur le cinéma, pour en faire vivre toute la magie, le temps trop bref d’une séquence sans conséquences notables. La narration revient certes in extremis à ce jeu de rôle, une fois que le protagoniste est tombé victime de ses propres stratagèmes. Mais il est malheureusement déjà trop tard pour renverser alors la tendance plutôt soporifique d’un film testament, qui ne fait guère honneur à Elia Kazan.

 

Revu le 24 juin 2014, au Quartier Latin, Salle 2, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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