Michael Haneke Profession réalisateur

Réalisé par Yves Montmayeur (2014)

Documentaire
Michael Haneke Profession réalisateur
Durée 92 minutes
Sortie 14/05/2014
Note 6/10

Michael Haneke est l’un des plus grands auteurs de cinéma d’aujourd’hui. Ami de longue date du réalisateur, Yves Montmayeur dresse le portrait de cet artiste aussi captivant que mystérieux. Au fil des tournages de ses films depuis près de vingt ans, il l’accompagne sur un itinéraire fait de tours et de détours entre la France, l’Autriche et l’Allemagne.

Les critiques

Par Noodles 13/04/2014

Primés de nombreuses fois à Cannes et notamment à deux reprises par une Palme d’or, les films de Michael Haneke sont bien connus. Pourtant, l’homme qui se cache derrière l’est sans doute un peu moins. En effet, à l’instar de grands cinéastes tels que Stanley Kubrick ou encore Federico Fellini, il n’hésite pas à brouiller les pistes lors de ses entretiens et refuse l’auto-analyse, de peur de donner à son public des clés pour comprendre son œuvre. Cela n’a pas dû faciliter le travail entrepris par Yves Montmayeur, auteur du long-métrage Michael Haneke : profession réalisateur. Ce n’est pas le premier portrait qu’il réalise, étant adepte des documentaires retraçant le travail de figures du monde du cinéma, et plus particulièrement du cinéma asiatique. On lui doit par exemple Electric Yakuza Go to Hell (2003), film sur Miike Takashi, ou encore Johnnie Got his Gun (2010), portrait du réalisateur Johnnie To.

Plutôt que de parcourir l’œuvre de Michael Haneke de manière chronologique, Montmayeur choisit au contraire de partir de son dernier film Amour (2012), et de remonter le temps. De nombreux extraits de ses long-métrages composent le documentaire, et l’on remarque que tous ceux qui ont été sélectionnés témoignent de la grande violence, souvent d’une froideur clinique, qui caractérise le cinéma du réalisateur autrichien. Michael Haneke : profession réalisateur s’ouvre ainsi sur la scène de meurtre de Benny’s Video (1992), et l’on assiste un peu plus tard au suicide au couteau du personnage de Caché (2005). Sans oublier, bien sûr, les séquences quasiment insoutenables de Funny Games (1997). A cela viennent s’ajouter les nombreux témoignages d’acteurs ayant collaboré avec lui, tels que Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, ou encore Emmanuelle Riva.

Malheureusement, comme tous ceux qui ont tenté de percer le mystère Haneke, Yves Montmayeur se heurte à son refus presque catégorique de se livrer. On ne peut que s’amuser devant ces moments d’interviews dans lesquels les questions qui lui sont posées restent sans réponse. Pour pallier ce manque de révélations sur la personne, les images de tournages sont nombreuses, et le film a peut-être trop souvent des allures de making-off. Néanmoins, ces séquences sont loin d’être dénuées d’intérêt, puisqu’elles nous permettent de découvrir l’envers du décor de scènes encore une fois très violentes, et que l’on imagine difficiles à tourner.

En nous présentant des extraits judicieusement sélectionnés, Michael Haneke : profession réalisateur ne peut que nous donner envie de nous plonger ou de nous replonger dans une œuvre aussi respectable qu’éprouvante. Bien qu’après avoir vu ce documentaire, Michael Haneke reste toujours pour nous un personnage aussi énigmatique, sa filmographie reste surement le meilleur des aveux de sa part.

 

Vu le 10 avril 2014, au Club de l'Etoile, en VO.

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Tootpadu 13/04/2014

Est-il un tortionnaire, comme le qualifie – seulement à moitié en plaisantant – l’un de ses comédiens à l’issue d’une énième prise du plan séquence au début de Code inconnu ? Ou s’agit-il du plus sadique des cinéastes ? Michael Haneke, l’homme, est une énigme et le restera après ce documentaire instructif. Sa démarche créative apparaît par contre un peu plus clairement, grâce au travail soigneusement documenté de Yves Montmayeur. Le fait de remonter dans le temps y dégage une cohérence rétrospective, qui n’est dépassée en pertinence que par l’aspect physique quasiment inchangé de Haneke au fil de vingt ans. Tout comme la barbe du réalisateur, parfaitement taillée en toute circonstance, son cinéma ne suit aucune mode. Il s’attaque sans la moindre complaisance à des vérités universelles sur la cruauté de l’âme humaine, avec une acuité formelle et morale sans égal dans le cinéma contemporain.

La peur et le talent, une attention absolue au détail sur le tournage et un regard désespéré sur le dérèglement irrévocable de notre civilisation : la radicalité sous toutes ses formes est omniprésente dans l’œuvre de Michael Haneke et dans ce documentaire qui lui est consacré. Face à l’homme distingué qui s’exprime, aussi bien en allemand qu’en français, sur son rapport personnel à ses films, tout en esquivant chaque tentative d’interprétation psychologique, il y a les extraits souvent d’une brutalité insoutenable qui minent d’une façon viscérale le discours intellectuel du réalisateur. Une piste de réflexion lucide serait alors que les films de Michael Haneke nous intriguent autant, parfois en nous révoltant, parce qu’il sait jongler magistralement entre la dissection clinique de la névrose intime d’un de ses personnages et l’obscénité profondément enracinée dans la société qu’il décrit.

En tant que film de cinéma, Michael Haneke Profession réalisateur se démarque juste assez des sempiternels making-of pour justifier sa sortie en salles. L’accès privilégié du réalisateur à son sujet permet en effet d’apprécier l’œuvre de Michael Haneke dans sa globalité, sans céder à la tentation d’une analyse trop farfelue. Ce documentaire remplit donc tout à fait sa vocation principale : de nous donner envie de revisiter la filmographie d’un réalisateur exigeant, même si certains de ses films nous avaient considérablement refroidis à l’époque, en raison de leur regard nihiliste sur l’humanité.

Enfin, aussi exhaustif soit-il, le documentaire passe curieusement sous silence la seule tentative de Michael Haneke de sortir de son environnement européen, sous la forme du remake américain de Funny games. Il y est toutefois fait référence à l’usine hollywoodienne, qui sollicite apparemment le réalisateur autrichien pour des films qui n’ont strictement rien à voir avec son univers. Un constat qui nous laisse espérer que Michael Haneke restera encore pour longtemps fidèle à la dissection simultanément scrupuleuse et virtuose des difficiles rapports humains, soit en France, soit dans son pays d’origine.

 

Vu le 10 avril 2014, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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