Wrong cops

Réalisé par Quentin Dupieux (2014)

Policier
Wrong cops
Durée 82 minutes
Sortie 19/03/2014
Note 4/10

Duke est un policier véreux, qui vend du cannabis dissimulé dans des rats morts. Il est un fan inconditionnel d’un certain style de musique, un goût qu’il cherche à tout prix à transmettre aux gens qu’il croise. Pendant une de ces tentatives infructueuses de convertir les autres à la techno que l’on écoute de préférence en slip, il tire accidentellement sur son voisin. A moitié mort, ce dernier devient embarrassant pour Duke qui le refile du coup à Sunshine, son client et son supérieur. En même temps, De Luca, lui aussi un flic peu recommandable, tente de voir les seins des femmes qu’il interpelle. Enfin, Rough essaye de percer dans le milieu de la musique, alors que son collègue Duke lui affirme que son morceau est de la merde.

La critique

Par Tootpadu 02/04/2014

Le délire ne va pas assez loin pour nous dans ce nouveau film de Quentin Dupieux, dans lequel le réalisateur cherche à enrichir son univers peuplé de personnages bizarres. Or, c’est plutôt le contraire qui s’opère, puisque l’étrangeté finit rapidement par s’épuiser dans Wrong cops, ne laissant derrière elle que des situations et des comportements minables. Nous sommes bien conscients que le point de vue de ce monde américain parallèle est censé se situer en décalage par rapport à l’image que l’Oncle Sam aime donner de lui-même. Mais la dérision ne nous paraît pas assez acerbe ou absurde ici pour faire en sorte que le divertissement iconoclaste soit réellement jouissif.

Les préoccupations auxquelles le récit s’attaque sont plutôt représentatives du rêve américain ou de ce qu’il en reste de nos jours sous une forme pitoyable. La drogue, les fantasmes sexuels mal assumés, la quête de la richesse miraculeuse ou de la célébrité qui devrait arriver de la même façon, c’est-à-dire sans le moindre talent mais grâce à une persévérance sans faille, ainsi que par-dessus tout un besoin viscéral de maintenir une apparence de respectabilité : tous les complexes de la société américaine en prennent a priori pour leur grade. Le souci, c’est que cette critique larvée d’un système qui se veut exemplaire, mais qui est au fond aussi humain, donc imparfait, que ceux des autres pays, a une fâcheuse tendance à s’éparpiller sans produire de résultat tangible.

L’absence d’un humour incisif pourrait passer, si l’intrigue jouissait d’un intérêt minimal. Il n’en est malheureusement rien, puisque Quentin Dupieux se donne essentiellement en spectacle dans la poursuite navrante et aucunement couronnée de succès de moments incongrus, aux chutes décevantes sans exception. Pour une fois, il ne réussit pas à transformer sa compréhension plutôt lucide de l’état d’esprit américain en un film plus malin que ses personnages ringards et peu fréquentables. Il n’y a pratiquement pas de délinquance ici, en dehors de celle que les forces de l’ordre commettent elles-mêmes. Ce retournement de l’équilibre moral – a priori propice à un règlement de comptes satirique avec le manichéisme sommaire sur lequel repose l’idéologie américaine – peine toutefois à produire un fil de réflexion, qui ne nous ferait pas regretter d’avoir perdu une heure et demie avec des blagues trop frileuses pour être percutantes.

 

Vu le 1er avril 2014, au MK2 Quai de Seine, Salle 6, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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