47 Ronin

Réalisé par Carl Rinsch (2014)

Fantastique
47 Ronin
Durée 119 minutes
Sortie 02/04/2014
Note 6/10

Quand il n’était qu’un enfant, le sang-mêlé Kaï a été recueilli par le seigneur Asano. Méprisé par les samouraïs de son maître, il est un paria qui fournit pourtant des services précieux à son clan. Il aime secrètement Mika, la fille unique de son bienfaiteur. Lors d’un tournoi en l’honneur du shogun, le seigneur Kira se rend dans la forteresse de son rival Asano. Les sortilèges de sa sorcière font perdre d’abord l’honneur, puis la vie au maître de Kaï. Ce dernier est vendu comme esclave, pendant que le samouraï Oïshi est mis au cachot. Un an plus tard, alors que Mika doit épouser Kira, Kaï et Oïshi réunissent 47 anciens guerriers pour venger leur seigneur.

Les critiques

Par Mulder 14/03/2014

Au mois d’avril sortiront deux films avec Keanu Reeves, le premier sera celui-ci réalisé par Carl Erik Rinsch et le second réalisé par lui Man of Tai Chi. Dans ces deux films il sera pratiquement le seul acteur non asiatique à occuper l’un des rôles principaux. Malgré certaines qualités indéniables à ce film, là où la fusion s’opérait de manière quasi parfaite entre le cinéma américain et asiatique dans Man of Tai Chi ici elle ne semble guère fonctionner. 

Le film 47 Ronin s’inspire d’une fable japonaise née d’un fait réel narrant la vendetta de 47 samouraïs bannis suite à une conspiration par une tribu adverse qui coûta la mort par seppuku (sacrifice rituel) à leur chef. Cette légende fut adaptée de nombreuses fois aussi bien au cinéma, qu’en séries télévisées. La vengeance de ces 47 samourais est devenue tout un symbole au Japon et synonyme de fidélité, respect et bravoure. Ce sont les scénaristes Hossein Amini (Drive (2011), Blanche-Neige et le Chasseur (2012)…) et Chris Morgan (Fast and Furious 3/4/5/6 (2006-2013)…) qui furent chargés de faire de cette fable fantastique japonaise un film mélangeant plusieurs genres (aventure, fantastique, guerre..). Le réalisateur britannique Carl Rinsch pour son premier film bénéficia quant à lui d’un budget conséquent pour mener à bien son oeuvre. Pourtant, il en ressort comme la plupart des premiers films certaines faiblesses et surtout un manque de rythme et d’ambition. A comparer avec le film de Edward Zwick Le Dernier Samouraï (2004) ce film manque cruellement de profondeur et semble vouloir plus s’imprégner de films existants que de révolutionner le genre. On pense ainsi aussi bien à la saga Pirates des Caraïbes (ce qui n’est guère un compliment à la vue des deux derniers épisodes) qu’à la saga Conan (usage de monstres géants, sorcière, héros tiraillé entre deux mondes) qu’au souffle d’une autre trilogie Le Seigneur des anneaux. Malgré tout, la magie ne prend guère et il aurait fallu une plus grande violence,  de vrais moments époustouflants pour en faire un film incontournable.

Au vu du résultat final, un autre souci de taille est de se demander comment un budget aussi élevé peut déboucher sur un film pratiquement trop classique et sans scènes conséquentes pour être qualifié de blockbuster. En effet, les effets spéciaux ne sont pas aussi exploités qu’ils auraient dû l’être et le manque de rythme à certains moments fait que nous regardons ce film sans être réellement et complètement immergé dans cette aventure. C’est d’autant plus dommage que le casting avec l’acteur Keanu Reeves en tête, Hiroyuki Sanada (Ring (1997), Sunshine (2007), Speed Racer (2008)…) ,  , Kô Shibasaki (Battle Royale (2000)..) , Rinko Kikuchi (Babel (2006), Pacific Rim (2013)) aurait mérité un meilleur directeur d’acteurs et un scénario nettement plus enclin à des scènes spectaculaires et un rythme sans faille. Quitte à tourner comme ce fut le cas le film en japonais, il aurait fallu un réalisateur maîtrisant parfaitement la culture nippone pour nous proposer une version certes plus tournée vers un public occidental. Ce n’est guère suffisant de nous proposer une sorte de taureau monstrueux en images de synthèse ou une femme dragon. C’est également dommage d’avoir l’impression hormis le casting principal que le reste des acteurs semble avoir appris leur texte phonétiquement et cela dénote dans une telle production.

L’usage de la 3D ne rajoute malheureusement rien à l’immersion et ne semble être qu’un prétexte commercial. Le réalisateur démontre certes son talent pour maintenir son premier film à un bon niveau. Cependant, la trop grande linéarité du script et le fait que Carl Erik Rinsch semble être un réalisateur pas suffisamment aguerri fait que le résultat final est trop long et trop lisse. Si 47 Ronin avait pu bénéficier d’un réalisateur de l’étoffe d’un John McTiernan ou d’un Paul Verhoeven on se doute que ce film aurait été dès plus réussi. Le public américain en boudant ce film a fait comprendre son mécontentement et nous ne pouvons qu’aller dans son sens malgré quelques bons éléments réunis.

Vu le 25 février 2014  à la Salle Universal, en 3D et VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Tootpadu 13/03/2014

Les producteurs hollywoodiens ne s’aventurent dans la culture asiatique que quand ils peuvent la modeler selon leurs propres vœux. L’immense majorité des films occidentaux au décor exotique se servent précisément de ce dernier pour mieux célébrer la suprématie d’un personnage étranger, de préférence américain. Echoué dans ce monde dont il sortira peut-être imprégné de la sagesse orientale ou capable de se battre comme un champion d’arts martiaux, ce stéréotype de toute une civilisation d’exploiteurs, et rarement d’explorateurs, met presque un point d’honneur à ne pas se laisser corrompre par ce style de vie différent. Dans notre monde globalisé, il peut s’avérer profitable d’inclure superficiellement les représentants de marchés lucratifs comme la Chine ou le Japon. Mais au fond, le statu quo de la recette hollywoodienne doit être maintenu à tout prix, quitte à perpétuer à l’infini des clichés et des préjugés qui n’ont plus rien à voir avec le monde métissé à tous les niveaux pour lequel ces films sont malgré tout produits.

47 Ronin aurait pu marquer une rupture salutaire avec ces frontières mentales, qui ne reflètent qu’un ordre mondial sur le déclin. Il s’agit de la première adaptation américaine d’une célèbre légende japonaise, qui se montre pour une fois plutôt respectueuse de la tradition de l’honneur et du dévouement, des valeurs exemplaires qui n’ont plus tellement cours dans une Amérique écartelée entre le fanatisme religieux et financier. En plus, le personnage principal est avant tout animé par la modestie et la reconnaissance, ce qui représente sans doute le décalage le plus marquant avec la mise en valeur d’un héroïsme de fanfaron qui prévaut actuellement sur les écrans américains. Enfin, le poncif inéluctable de la fin heureuse, où l’effort fourni par le protagoniste suffit amplement pour se régaler d’une conclusion rassurante, nous est épargné ici, puisque la mission kamikaze de Oïshi et ses hommes ne connaît aucun retournement in extremis.

Eh oui, il existe tout de même des éléments dans ce film, qui nous font sincèrement regretter qu’il ne soit pas plus réussi dans son ensemble. Impossible à dire si la raison pour son inégalité est à chercher du côté d’une phase de post-production tumultueuse, qui est pour beaucoup dans le coût exponentiel du film et dans son échec cuisant au box-office américain, ou si c’est au contraire la faute d’un réalisateur débutant, qui arrive à nous fasciner par certaines séquences, mais qui se montre incapable de tenir le souffle épique, nécessaire pour orchestrer une telle épopée chevaleresque. En tout cas, le miracle du montage de Stuart Baird ne se produit pas cette fois-ci, à cause d’une narration trop décousue, qui ne laisse aucune chance à ses prouesses d’assemblage. Que Baird ne réalisera pas prochainement un film en signe de remerciement pour avoir sauvé un studio du désastre nous importe peu. Que cette incursion plutôt ouverte d’esprit dans une culture asiatique soit plus connue pour ses aberrations de marketing et de production que pour ses quelques qualités intrinsèques nous attriste déjà davantage.

Et puis, même si l’on n’entendra plus jamais parler de Carl Rinsch, un réalisateur plus adroit dans le maniement du format court, c’est dommage que pareil destin funeste risque également d’attraper Keanu Reeves. L’acteur n’est certainement pas le principal coupable du naufrage commercial de l’entreprise. Au contraire, il est assez humble pour ne pas se mettre en avant au détriment des rôles secondaires japonais. Une attitude qui n’a guère porté ses fruits, puisqu’il se fait voler la vedette par Rinko Kikuchi et ses effets spéciaux envahissants. C’est hélas aussi cela, la logique hollywoodienne, de saboter un projet prometteur jusqu’à ce qu’il devienne méconnaissable. Saluons donc l’intention de tourner pour une fois un blockbuster asiatique et passons sous silence le résultat final, mi-figue, mi-raisin.

 

Vu le 13 mars 2014, à la Salle Pathé François 1er, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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