Son épouse
Réalisé par Michel Spinosa (2014)
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 12/03/2014 |
| Note | 6/10 |
Le vétérinaire Joseph aimerait épouser sa compagne Catherine et avoir un enfant avec elle. Il persiste dans son vœux, quand il apprend qu’elle est une ancienne toxicomane qui prend toujours des médicaments de substitution. Catherine disparaît du jour au lendemain, sans laisser de trace. Joseph n’a de ses nouvelles que par le biais d’un coup de fil depuis l’Inde, qui lui annonce qu’elle est morte par noyade. Son esprit a par contre pris possession de Gracie, une jeune femme qui vient de se marier avec le charpentier Anthony. Sa famille espère que sa rencontre avec le mari de la défunte la libérera de l’esprit malveillant. Même s’il ne croit pas en ces histoires spirituelles, Joseph se rend alors en Inde pour confronter Gracie.
La critique
Par Tootpadu 05/03/2014
En théorie, les poncifs ne manqueraient pas pour faire du quatrième film du réalisateur Michel Spinosa un mélodrame caricatural. La dépendance, le suicide, le désir d’enfants inachevé, le départ inopiné vers une culture exotique qui permet de commencer une nouvelle existence : les clichés sont à première vue légion dans cette histoire sur un couple littéralement en fin de vie. Et pourtant, en pratique, c’est bizarrement l’élément le plus farfelu de l’intrigue, la migration de l’esprit de Catherine, qui situe Son épouse à l’écart de toute grandiloquence narrative. Le parcours du veuf Joseph, depuis les paysages ternes et hivernaux de la France jusqu’au foisonnement des bruits et des couleurs en Inde, ne s’apparente toutefois pas à ces pèlerinages involontaires qui mènent à une ouverture d’esprit insoupçonnée, voire à une illumination psychédélique. Les stéréotypes de la civilisation indienne en surabondent déjà et il n’y a donc nul besoin d’y ajouter un conte supplémentaire sur l’effet bénéfique de l’abstraction de l’esprit pour l’âme torturée des Européens mal en point.
L’intrusion dans ce pays mystérieux n’a ainsi pas pour vocation de permettre au protagoniste de se perdre dans les méandres d’une philosophie plus ouverte aux phénomènes surnaturelles que ses convictions pragmatiques. Ce personnage presque antipathique restera tout au long du film un étranger dans un pays dont il ne maîtrise nullement les codes et les coutumes. Il n’y vient pas en tant que sauveur, ce qui équivaudrait à une variation à peine larvée du symbole néfaste du colonisateur plus éclairé que la population autochtone, mais plutôt comme un observateur encore plus paumé que la famille qui ne sait plus quoi faire de cette femme apparemment folle. Le résultat de son passage est par conséquent à peine perceptible, à l’image du ton vague d’un film, qui préfère ouvrir les voies de réflexion à donner des réponses sans équivoque.
De la même façon, la structure narrative du film nous présente la lente décomposition du couple par petits morceaux disparates. Alors que nous sommes rapidement mis face aux grands axes de la dynamique romantique en plein déclin, les motivations pour ces actions ne sont dévoilées qu’au fur et à mesure de la perte de repères de Joseph dans un environnement à l’hostilité diffuse de plus en plus oppressante. Or, ce qui aurait pu servir de coup de théâtre tonitruant dans une histoire plus conventionnelle – les véritables circonstances de la disparition de Catherine – s’inscrit ici davantage dans un flux narratif en demi-teintes, sans certitude, ni récompense immédiatement perceptibles. En guise de conclusion, l’image moderne de l’Inde selon ce film curieux serait donc celle d’un état d’esprit impénétrable contre lequel les vieilles obsessions occidentales se brisent misérablement.
Vu le 12 février 2014, au Club Marbeuf, en VO