Après la nuit

Réalisé par Basil Da Cunha (2014)

Gangster
Après la nuit
Durée 99 minutes
Sortie 23/04/2014
Note 6/10

Sombra est un homme qui vit la nuit. Dans le quartier populaire de Reboleira, à la périphérie de Lisbonne, il a une réputation d’individu bizarre et solitaire. Hanté par une dette qu’il doit au caïd local Olos, il déambule dans les rues de ce bidonville créole. Il tente de récupérer de l’argent auprès de ses propres créanciers, mais ce remboursement partiel ne satisfait guère le chef de gang. Soupçonné d’avoir volé un objet précieux à Olos pendant une rave, Sombra devra participer à un casse qui tourne au drame.

La critique

Par Tootpadu 13/02/2014

Créer une sensation de dépaysement compte parmi les fonctions principales du cinéma. Ce décalage dans l’espace et le temps est immédiat dans ce premier film portugais, présenté l’année dernière à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. On ne sait pas encore très bien alors où l’on se trouve, ni de quelle nature sera l’histoire de ces membres d’un gang qui se disputent à cause de la faute par omission de l’un des leurs. Mais cette altercation verbale qui tourne au pugilat est filmée avec une vivacité formelle qui ne nous lâchera plus. En fin de compte, le personnage au centre de Après la nuit est absent pour l’instant, puisqu’il n’évolue qu’à la périphérie de ces hors-la-loi désœuvrés, qui ont l’air de préférer la tchatche au crime. Sa présence se laisse cependant déjà appréhender, tel le reflet mortuaire de ces rapports de force au sein de la hiérarchie du gang, auxquels il demeurera étranger.

Sombra est un drôle d’oiseau. Comme son nom l’indique, il personnifie l’obscurité et une aversion contre la lumière du jour. Le vocabulaire filmique du réalisateur Basil Da Cunha se conforme adroitement à cette mentalité de l’ombre, en plongeant la caméra dans les décors sombres d’un quartier pauvre, qui nous rappelle plus le Brésil que le Portugal. D’ailleurs, les influences européennes se font rares au cours d’un film, dont l’action ne quitte que brièvement le microcosme de Reboleira. Quand le moment est enfin venu pour partir vers de nouveaux horizons, au bord de la mer où les phares des voitures créent des faisceaux de lumière fascinants, cette escapade prend une allure de règlement de compte ultime, une fois que la tension parmi les voyous du quartier est devenue insoutenable.

Avant cette crevaison d’abcès tragique, le récit s’autorise pourtant quelques parenthèses enjouées, souvent rythmées par une musique qui fait toujours figure d’échappatoire suprême à la misère ambiante. La vie des personnages a ainsi beau être marquée par une fatalité à laquelle ils ne peuvent ou ne veulent pas se soustraire. Mais en même temps, ils sont les acteurs indispensables à une vie en communauté à l’écart de la respectabilité et du conformisme. La narration effleure la thématique de la marginalité, ainsi que celle d’une morosité mentale qui ne mène pas nécessairement au suicide, avec une assurance et une désinvolture proprement bluffantes pour ce qui est essentiellement un film de fin d’études !

 

Vu le 11 février 2014, au Reflet Médicis, Salle 3, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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