Garçons et Guillaume, à table ! (Les)
Réalisé par Guillaume Gallienne (2013)
| Durée | 85 minutes |
| Sortie | 20/11/2013 |
| Note | 6/10 |
Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.
La critique
Par Mulder 28/12/2013
Par un curieux rapprochement après avoir vu le premier film de Guillaume Gallienne Les Garçons et Guillaume, à table !, j’ai immédiatement pensé au classique de Alfred Alfred Hitchcock dans lequel un jeune homme perturbé et propriétaire d’un motel souffrait d’un trouble dissociatif de l’identité et se prenait pour sa mère et trucidait des pensionnaires de son hôtel. Non pas que le personnage de Guillaume soit un tueur psychopathe mais plutôt que ces deux personnages à cause de leur enfance et d’une mère trop présente n’ont pu se créer leur propre sexualité hétérosexuelle. Le film s’apparente donc à l’évolution d’un jeune enfant perturbé qui par le cheminement de la vie se rendra compte qu’il n’est pas comme sa mère le voudrait une fille mais bien un garçon hétérosexuel.
Dès la première scène présentant l’acteur sur une scène de théatre et par un long monologue le cadre est planté. En rendant ainsi hommage à son one-man show, il présente sa famille, son passé et plante le décor. De nombreux acteurs sont passés par la case théâtre pour pouvoir autant pallier à leur manque de confiance en eux que pour apprendre les bases importantes du métier d’acteur. Cette scène a ainsi une certaine importance pour créer un lien entre le film et les spectateurs, entre le patient et ses nombreux psychiatres…
Pour son premier film, Guillaume Gallienne adapte ainsi son one-man show autobiographique qui a connu un véritable succès et en tire un film court, original et distrayant. Certes le côté très efféminé et guère masculin sied parfaitement au contexte mais il faut bien reconnaître que celui-ci semble se jouer de cela pour s’inventer un personnage public. Son premier film certes pourrait autant étonner que choquer par moment mais il reste convainquant de bout en bout. Allant jusqu’au bout de sa propre psychanalyse freudienne, l’acteur réalisateur interprète non seulement le rôle principal mais également de manière très convaincante également celui de sa propre mère (quatre heures de maquillage étaient nécessaires). Il en résulte certaines scènes totalement kafkaïennes et des numéros irrésistibles. De la même manière, Guillaume Gallienne semble avoir une certaine rancœur envers la ville du Havre certes d’architecture post communiste et contre les chevaux (sa hantise).
Loin d’être comme certains films adaptant de manière trop figée des pièces de théâtres à succès, le réalisateur donne une réelle esthétique à son film et en fait une comédie divertissante et intelligente. Certains passages avec notamment des caméo de Diane Kruger (toujours aussi magnifique) et Gotz Otto (Demain ne meurt jamais (1997), Cloud Atlas (2012)) sont hilarants. Cependant, son film est loin d’égaler le cultissime film d’Albert Dupontel Neuf mois ferme car son approche reste trop raisonnable comme si le réalisateur ne voulait froisser personne et plus viser un public grabataire. Son film est donc comme la plupart des premiers films imparfaits manquant de rythme par moment et semblant répéter le même gag jusqu’à l’usure.
Guillaume Gallienne réussit malgré tout à nous montrer que malgré qu’il soit un des pensionnaires de la Comédie Francaise, il est capable de s’investir dans un cinéma populaire de qualité et à garder son aura. C’est en cela que son film doit être vu, apprécié et surtout soutenu car les bonnes comédies françaises ont plutôt été rares cette année.
Vu le 18 décembre 2013 au Gaumont Marignan, Salle 09