Cosmopolis
Réalisé par David Cronenberg (2012)
| Durée | 109 minutes |
| Sortie | 25/05/2012 |
| Note | 7/10 |
Eric Packer, le jeune dirigeant d’une multinationale, décide de prendre sa limousine blanche pour aller chez le coiffeur. Son garde du corps Torval cherche à l’en dissuader. La circulation risque d’être sérieusement perturbée à cause de la venue du président américain et le centre de surveillance appréhende une attaque de la part d’activistes qui ont proclamé l’ère du rat. Mais Eric s’enfonce sans hésitation dans l’intérieur feutré de sa voiture de luxe, afin de traverser la ville, quitte à ce que le trajet lui prenne toute la journée. Pendant son voyage, il tente de renouer le contact avec sa femme Elise et rencontre les garants de sa réussite financière, particulièrement mal en point ce jour.
La critique
Par Tootpadu 26/05/2013
Dans l’univers malsain de David Cronenberg, la monstruosité a franchi une nouvelle étape grâce à ce film. Le lien très physique au corps et ses transformations, déclinées avec panache et dégoût dans Vidéodrome et La Mouche pour ne citer qu’eux, a complètement changé d’aspect dans un environnement qui évacue le moindre bruit venu de l’extérieur. Pendant que la vie citadine tourne au cauchemar à l’extérieur, ou au moins à la farce avec ces lanceurs de rongeurs qui ne font peur à personne, tout reste sous contrôle à l’intérieur du sarcophage ambulant dans lequel le personnage principal se fait du bien, dans tous les sens du terme, la masturbation et la drogue mises à part. A notre grand regret, ce qui aurait pu paraître comme une aberration fantaisiste aux débuts de la prise du pouvoir par le capital et ses magiciens sans âme est de nos jours l’exemple à suivre : un détachement souverain des viles choses de ce monde, qui trouve même encore une dimension érotique dans le toucher rectal. Eric Packer n’est pas seulement le maître du monde. Il est le symbole suprême de la divinité moderne, qui n’a plus besoin de se préoccuper des besognes qui flatteraient autre chose que son narcissisme.
Ce n’est qu’en sortant de son carcan intouchable que cet homme propret commence à se salir les mains. La finalité de cette sortie volontaire du terrier n’est cependant pas une prise de conscience du décalage entre son monde apprivoisé et la barbarie de la nature. Chaque fois que Eric Packer met les pieds dehors, il est réconforté dans sa philosophie de vie aseptisée. Son engourdissement total cherche alors désespérément une sensation de choc pour mieux rompre la monotonie d’une vie calculée jusqu’à la nanoseconde. Il appartient à la nature sadique de la mise en scène de David Cronenberg de lui refuser pareille échappatoire. A l’image de Patrick Bateman dans American Psycho, le fait de mêler le sang au fonctionnement parfaitement maîtrisé d’un monde nihiliste ne le rend pas pour autant plus humain.
Et comme dans le film de Mary Harron avec Christian Bale, nous nous trouvons ici face à un coup de génie par le biais de Robert Pattinson dans le rôle principal. Ce jeune comédien ne nous impressionnera sans doute jamais par ses talents dramatiques. Il représente par contre à la perfection toute la vanité et la vacuité qui caractérisent son personnage. En quelque sorte, ce film-ci est le reflet infiniment plus intéressant et réussi de l’artifice ultime qu’est la saga Twilight avec son esthétique exsangue et ses fans zombies.
Vu le 26 mai 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO