Ghosts of Mars

Réalisé par John Carpenter (2001)

Science-fiction
Ghosts of Mars
Durée 98 minutes
Sortie 21/11/2001
Note 5/10

En 2176, la planète Mars est en train d’être colonisée par les hommes. Son atmosphère est rendue progressivement respirable et plus d’un demi-million de personnes y vivent et travaillent déjà, surtout pour extraire de précieux métaux du sol rouge. D’inquiétantes rumeurs venues des extrémités de la vallée sud mettent en état d’alerte le conseil matriarcal. Il convoque le lieutenant Melanie Ballard, à première vue la seule survivante d’une mission envoyée dans la ville minière de Shining Canyon pour le transfert du prisonnier Desolation Williams. Son récit effrayant révèle qu’un fantôme ancestral menace l’expansion de la colonie humaine sur Mars.

La critique

Par Tootpadu 23/05/2013

Plus aucun film de John Carpenter n’est sorti au cinéma en France après celui-ci. Alors qu’il serait exagéré de mettre exclusivement la faute pour cette disparition artistique précoce d’un des plus grands maîtres du cinéma de genre sur le dos de Ghosts of Mars, il s’agit néanmoins du dernier chapitre plutôt tristounet d’une carrière magnifique, qui avait mis très longtemps avant de nous décevoir. Car John Carpenter compte parmi cette poignée de réalisateurs qui, sans pondre régulièrement des chefs-d’œuvre, avait su éviter soigneusement les échecs, au moins jusqu’à son dernier tour de force, L’Antre de la folie. La suite a été d’autant plus pénible que le héros de notre adolescence ne nous avait point habitués à pareil enchaînement de médiocrités immondes. Sortie à l’époque dans le sillage de Mission to Mars de Brian De Palma et Planète rouge de Antony Hoffman, cette saga de science-fiction n’en est pas la pire, certes, mais bon nombre d’idées prometteuses y sont gâchées pour aboutir à un film hautement inégal.
En dépit d’un manque de moyens évident, l’espoir de voir un film au moins efficace survit au premier quart d’heure de ce récit qui devient de plus en plus embrouillé par la suite. Toute l’exposition autour de l’interrogatoire de Ballard feint de nous préparer à une mise en abîme sur le thème de la perception et de la réalité, dans la lignée des témoignages contradictoires de Rashomon de Akira Kurosawa. Première déception : le point de vue de la rescapée reste ennuyeusement détaché, en ne laissant planer aucun doute sur ce qu’elle a appris par ouï-dire. Les rares dispositif formels employés par John Carpenter, tels la série de fondus enchaînés et la répétition de certaines affirmations, freinent le rythme de la narration plus qu’ils ne lui confèrent de la vigueur. Les exploits du réalisateur du côté d’une bande originale toujours aussi passionnante sont enfin dilapidés sans appel par une intrigue qui tourne de plus en plus en roue libre.
Jamais un analyste prodigieux des failles et des qualités de ses personnages, John Carpenter avait cependant su exceller dans l’exploration de situations de tension, accessibles au public grâce au maniement malicieux de ces stéréotypes. Depuis ses débuts avec le poste de police pris en otage dans le magistral Assaut – dont ce film n’est qu’une misérable copie partielle – et la baby-sitter guère mieux traitée dans Halloween, la peur viscérale a été un élément crucial dans la réussite du projet cinématographique du réalisateur. A notre grand regret, le scénario est si inepte dans le cas présent, voire carrément pénible dans les échanges entre Ballard et Williams, qu’aucune frayeur ne vient pimenter une narration assez exsangue. Il ne nous reste alors que le plaisir tout relatif de revoir des comédiens au début (Jason Statham, avec des cheveux !) ou à la fin (Natasha Henstridge, Ice Cube) d’une carrière qu’ils ont, tout compte fait, bien mérité. Seule la révérence prématurée de John Carpenter nous cause un pincement au cœur, dans le creux qu’aucun réalisateur de films d’horreur n’a pu remplir depuis cette démission regrettable.

Revu le 23 mai 2013, au Grand Action, Salle Henri Ginet, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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