Rue des Cités

Réalisé par Carine May, Hakim Zouhani (2013)

Drame
Rue des Cités
Durée 71 minutes
Sortie 05/06/2013
Note 4/10

Adilse est un jeune de la banlieue d’Aubervilliers. A vingt ans et sans formation, il passe ses journées à glander avec son meilleur ami Mimid, un tombeur de filles auto-proclamé. Suite à un coup de fil de sa tante du bled, Adilse se met à la recherche de son grand-père, introuvable. Mais ce n’est pas le seul souci qui le tracasse : son cousin a été filmé en train de voler une moto appartenant au caïd du quartier.

La critique

Par Tootpadu 03/06/2013

Banlieue, notre chère banlieue, ce bijou social grâce auquel les Français aiment se donner bonne conscience, ou plutôt la décharge de tous les maux de notre société où l’opinion publique préfère enfermer ceux qui dérangent au lieu de garder un esprit ouvert et d’aborder d’autres champs de lutte que ces ghettos qui débordent à la moindre étincelle ! En effet, si tant est que le cinéma français dispose encore aujourd’hui d’un intérêt social, celui-ci se focalise largement sur ces lotissements en périphérie des grandes villes. Alors que le tissu social se sclérose de plus en plus, sous le regard désemparé d’une classe politique particulièrement impuissante dernièrement, les habitants de la banlieue sont les premiers à être déconnectés, par choix ou par la faillite irrévocable de la théorie de l’intégration, d’un modèle social et économique en chute libre. Il existe d’autres scènes de ce triste spectacle de la détérioration de notre style de vie qui mériteraient autant l’attention des médias et l’expression d’un sursaut militant. Mais retomber encore et toujours sur le cliché de la banlieue – et perpétuer de la sorte des préjugés infects – s’avère tellement plus facile que son interrogation sincère ou bien un changement de regard radical sur la hiérarchie sociale, profondément ancrée dans la perception des riches et des pauvres.
Parmi les deux écoles filmiques de la banlieue, nous avons tendance à trouver la première plus supportable, celle qui procède à une démystification de cet environnement menaçant par un humour guère sophistiqué. Car l’autre, aussi bien intentionnée soit-elle, risque plus souvent de renforcer les idées reçues par son approche sérieuse, que de rendre leur dignité humaine aux cultures hétéroclites des banlieusards. Hélas, ce premier film fait partie des échecs qui nous font soupirer de soulagement de ne pas (encore) devoir vivre de l’autre côté du boulevard périphérique. Rien dans le quotidien terne du personnage principal ne nous incite à éprouver autre chose que de l’indifférence, voire de l’antipathie à l’égard de cette chiffe molle et de son entourage guère plus déterminé à s’en sortir.
Formellement, Rue des Cités n’est point plus convaincant. Tandis que l’emploi du noir et blanc était sans doute censé apporter une sorte de poésie visuelle, à l’image de l’aspect artisanal de Shadows de John Cassavetes, ce sont surtout les variations du ton qui nous agacent. La promesse d’un regard décomplexé sur cette banlieue parisienne typique qu’est Aubervilliers à travers les entretiens de ses habitants, actuels et anciens, est ainsi anéantie sans appel par le jeu catastrophique des comédiens non-professionnels vers lesquels la mise en scène de Carine May et Hakim Zouhani s’empresse trop de revenir. Les constats sporadiques sur ce que la vie en banlieue signifie au jour le jour – par ailleurs le seul élément du film à dégager un minimum de réalisme – tombent invariablement victimes d’une intrigue minimaliste, incapable de trouver l’angle d’approche adéquat pour nous intéresser au destin de ces énergumènes caricaturaux et ostracisés.

Vu le 14 mai 2013, au Club Marbeuf

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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