Oh boy

Réalisé par Jan Ole Gerster (2013)

Comédie Dramatique
Oh boy
Durée 85 minutes
Sortie 05/06/2013
Note 6/10

Rien ne va plus pour Niko Fischer en cette journée en apparence ordinaire. Ce grand oisif, qui a abandonné ses études de droit sans le dire à ses parents et dont le permis de conduire est suspendu à cause d’une consommation excessive d’alcool, déambule à travers les rues de Berlin en quête d’un café. Il a beaucoup de mal à trouver cette boisson miracle qui l’arracherait peut-être de sa torpeur. Mais il rencontre son pote Matze, un comédien au chômage, et Julika, une vieille connaissance de son adolescence.

La critique

Par Tootpadu 23/04/2013

Nous lisons actuellement un pavé passionnant, signé Markus Metz et George Seesslen, dont on pourrait traduire le titre allemand par « Les Machines de la bêtise La Fabrication de la stupidité ». Ce premier film se laisse merveilleusement analyser dans le contexte de cet ouvrage essentiel, qui avance en gros que notre civilisation, voire notre comportement tout entier, sont régis par ces dispositifs abêtissants qui échappent au contrôle de l’individu pour mieux servir un consensus à vocation capitaliste. Au fil d’une journée aussi mouvementée que frustrante, Niko se heurte en effet sans cesse aux manifestations d’institutions qui veulent le cataloguer à tout prix. Sauf que ce personnage, qui nous est tout de suite sympathique par sa nonchalance et sa gêne de s’affirmer, n’est point un révolutionnaire iconoclaste. C’est juste un homme dépassé par les démons qu’il a lui-même créés.
Alors qu’il réussit encore à négocier tant soit peu sa sortie lors de la première rencontre, qui est plutôt une rupture, le héros triste de ce conte joyeusement absurde sent petit à petit l’étau se resserrer autour de lui. Que ce soit le voisin collant, le psychologue au diagnostic expéditif, le café qui coûte une fortune – pas comparé aux prix parisiens, soit dit en passant – ou toutes sortes de distributeurs automatiques qui lui résistent par voie d’un dysfonctionnement persistant, Niko devient rapidement la proie consentante du mauvais sort qui s’acharne sur lui. Heureusement, il ne se laisse pas abattre par tant de malchance, qui ne relève pourtant guère du hasard mais d’une gestion existentielle laxiste dont il récolte désormais les fruits. En somme, Niko se complaît à réfléchir d’une façon presque poétique, pendant que le monde autour de lui court à sa perte, en termes d’une privation d’humanité aussi irréversible que hystérique.
Nous aurions volontiers adhéré davantage à Oh boy, si le réalisateur Jan Ole Gerster avait poussé la quête d’une forme d’expression cinématographique vers quelque chose de plus personnel, au lieu d’enchaîner les citations plus ou moins flagrantes. Dès les premiers plans du film et cette référence claire et nette à A bout de souffle de Jean-Luc Godard, à laquelle il manque seulement que la copine délaissée chuchote « dégueulasse » pour parfaire la copie, nous trébuchons d’un déjà-vu filmique à l’autre, ce qui relativise considérablement la lucidité du propos de ce film néanmoins remarquable. Ainsi, le style de Gerster est un drôle de mélange entre ceux de Martin Scorsese, pour la citation explicite de Taxi driver, mais surtout à cause d’une intrigue qui s’apparente à celle de After hours, de Woody Allen, pour la musique jazz sur fond de sublimation d’un cadre urbain, de Wim Wenders, pour justement la beauté de la photographie en noir et blanc qui nous réconcilierait presque avec ce monstre tentaculaire qu’est à nos yeux Berlin, de Federico Fellini, pour le parcours du combattant incompris à travers un rêve angoissant à la Marcello Mastroianni à mi-chemin entre La Dolce vita et 8 et demi. Il y a même des plans qui nous ont fait penser à John Cassavetes ! C’est pour dire que le réalisateur maîtrise parfaitement les bonnes références, mais qu’il aurait été préférable qu’il s’en affranchisse un peu plus.

Vu le 22 avril 2013, au MK2 Grand Palais, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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