Yeux fermés (Les)

Réalisé par Jessica Palud (2013)

Drame
Yeux fermés (Les)
Durée 77 minutes
Sortie 01/05/2013
Note 6/10

Après une longue absence due à un grave accident, Pierre revient à la maison abandonnée de son enfance. Il est resté en contact avec Claire, l’infirmière qui l’avait soigné, et à laquelle il raconte par téléphone sa nouvelle vie au fil des jours. A son travail dans un gîte rural, il fait la connaissance de Mina, qui ne va pas tarder à partir en mission humanitaire. Et il y fréquente Antoine, le fils du propriétaire, une tête brûlée qui refuse d’adopter un style de vie rangé comme celui de sa sœur enceinte.

La critique

Par Tootpadu 18/04/2013

Elle a vaillamment grimpé les échelons de la hiérarchie de la mise en scène. Troisième assistante chez Bertolucci et Coppola fille, puis deuxième assistante chez Langmann et Lartigau, et enfin première assistante grâce à sa longue collaboration avec Philippe Lioret, Jessica Palud signe enfin son premier long-métrage au bout d’une petite carrière assez impressionnante dans l’ombre d’autres réalisateurs. Bien que ce parcours du combattant patient lui ait permis d’acquérir une connaissance approfondie du monde du cinéma, on regretterait presque de ne pas l’avoir vue plus tôt tenir les rênes d’un film. Cette première œuvre, produite à peu de choses près à l’improviste, apporte en effet une nouvelle voix intriguante et prometteuse à un cinéma français indépendant, qui en a toujours grandement besoin !
A travers le point de vue saisissant d’une narration qui sait parfaitement garder une part de mystère dans le destin modeste de son protagoniste, Les Yeux fermés avance à tâtons vers une poésie filmique dépouillée. Au début, nous ne savons rien sur Pierre. Cet état d’ignorance aurait presque tendance à s’épaissir, au fur et à mesure que nous redécouvrons le monde duquel il était absent depuis si longtemps. Car une fois que les pièces du puzzle de sa biographie chahutée auront été mises en place à la fin du film, toute son histoire pourrait facilement être interprétée comme un rêve éveillé, fait depuis le coma dont il ne se serait jamais réveillé.
Cette ambiguïté entre la réalité et l’imagination, entre le sens aigu du terroir qui se manifeste à travers une campagne française dépossédée de son charme bucolique et les premiers pas timides de l’enfant adulte apeuré, Jessica Palud réussit à la prolonger admirablement jusqu’à l’antagonisme larvé entre Pierre et Antoine. A la passivité propre au spectateur qui voit sa vie défiler devant lui du premier répond ainsi plutôt subtilement la rage de vivre du deuxième, une hargne sourde qui s’exprime par un tabagisme forcené et des rapports humains conflictuels. Simon Buret et surtout Olivier Chenille, les deux jeunes comédiens choisis pour interpréter ces rôles – qui ne sont en fait que les deux côtés d’une même médaille frappée suite au dernier moment d’insouciance avant l’accident – s’acquittent merveilleusement de la tâche qui leur est confiée. Ils sont la révélation supplémentaire d’un film, dont la délicatesse du regard est entièrement à l’honneur de sa réalisatrice débutante.

Vu le 18 avril 2013, à la Salle Pathé Lincoln

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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