Survivre

Réalisé par Baltasar Kormakur (2013)

Aventure
Survivre
Durée 93 minutes
Sortie 24/04/2013
Note 6/10

En 1984, le chalutier Breki prend la mer au large des îles Vestmann en Islande. A bord, le capitaine et cinq membres de l’équipage espèrent arracher quelques poissons à l’océan, qui s’est à peine calmé suite à une tempête hivernale. Après quelques heures de pêche, le filet est bloqué par un rocher et fait subitement chavirer le bateau. Les hommes périssent l’un après l’autre dans les eaux glaciales, à l’exception de Gulli, qui se bat longtemps pour survivre.

La critique

Par Tootpadu 17/04/2013

Le récit d’un bateau de pêche disparu dans les profondeurs impitoyables de l’océan ne pourrait pas être plus différent entre ce film islandais et la version hollywoodienne de faits semblables dans En pleine tempête de Wolfgang Petersen. Tandis que le film américain s’évertuait à expédier ce drame de marins avec une dose considérable de héroïsme sommaire, son pendant européen sait mesurer son temps et analyser sans pathos la tragédie d’un homme ordinaire. Dans Survivre, il n’est pas tellement question d’arracher quelques précieuses minutes d’existence sur cette terre, mais d’accomplir un tel exploit sans avoir la grosse tête.
Le nouveau film du réalisateur Baltasar Kormakur, de passage dans son pays d’origine entre deux productions américaines, respire une forme de naturel et de réalisme sans affectation qu’il aurait été impossible de créer avec un raz-de-marée d’effets spéciaux. La simplicité humaine des personnages y prend aisément le dessus sur l’aspect spectaculaire du naufrage, tout comme le calvaire en pleine mer n’est que le point de départ d’un long cheminement vers le regain d’une vie normale. Plutôt que d’accumuler les épreuves, déjà assez atroces pour le protagoniste quand l’arrivée sur la terre ferme ne rime point avec délivrance, le scénario s’intéresse à ce qui se passe après la catastrophe. Sans recourir à des définitions psychologiques hâtives, il souligne au contraire l’absurdité de la récupération de ce miracle par les scientifiques, empressés d’expliquer jusqu’au moindre détail le pourquoi de ce sauvetage improbable.
La vérité humaine éclate alors au grand jour, puisque Gulli souffre à la limite plus de l’ostracisme dont il devient la cible suite à la célébration circonspecte de son accomplissement, que de la solitude du nageur en proie au doute et au désespoir dans l’étendue immense de l’océan. En mettant en avant l’absence de héroïsme assumé chez ce miraculé, le film se fait le chantre isolé, mais d’autant plus précieux, d’une conception de la vie sans emphase, mais bâtie sur un pragmatisme nordique qui dénote agréablement dans la frénésie hystérique de notre époque.

Vu le 17 avril 2013, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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