Amants passagers (Les)

Réalisé par Pedro Almodovar (2013)

Catastrophe
Amants passagers (Les)
Durée 90 minutes
Sortie 27/03/2013
Note 5/10

Le vol à destination de Mexico de la compagnie Peninsula est en difficultés. En raison d’un train d’atterrissage bloqué et faute d’aéroport qui pourrait l’accueillir, l’avion tourne en rond au dessus de Tolède. Alors que les passagers de la classe économique dorment paisiblement, grâce au tranquillisant mêlé aux boissons par les hôtesses de l’air, ceux de la classe affaires ne tardent pas à être mis au courant de la situation périlleuse par leurs trois stewards gays.

Les critiques

Par Mulder 08/04/2013

Pedro Almodovar nous embarque par l’intermédiaire de son nouveau film dans une satire sociale d’une Espagne qui a perdu ses repères. Pour son vingtième film, très inspiré par le film Y a-t-il un pilote dans l’avion de David Zucker, Jim Abrahams, Jerry Zucker, il nous livre un récit se passant dans un vol aérien. Plus précisément, l’action principale se passe en classe affaire. La classe normale a été droguée pour être endormie et ne pas se rendre compte que l’avion n’est pas sûr d’atterrir à Mexico. Il y a ainsi peu de personnages réellement actifs dans ce film soit en dehors de l’équipage de l’avion, un couple de jeunes mariés, un financier escroc dénué de tout scrupule, un acteur coureur de jupons, une voyante « vierge » provinciale, une reine de la presse de cœur et un tueur professionnel mexicain . Chacun de ces personnages essayent de fuir l’Espagne pour se rendre au Mexique.

Nous retrouvons donc tout ce qui tient à cœur au réalisateur dans son nouveau film soit des personnages haut en couleur, des stewards homosexuels, des thématiques récurrentes (la mort, le sexe, l’innocence bafouée). Malgré tout, ce film n’arrive pas à prendre son envol et surtout n’arrive pas à nous faire rire malgré quelques bonnes idées. Le réalisateur semble vouloir embarquer les spectateurs dans son propre univers mais n’arrive malheureusement pas à les retenir. Tout semble dans le scénario que Pedro Almodovar signe à nouveau trop mécanique et trop statique telle une pièce de théâtre filmée pour conquérir le public. Ce grand réalisateur que nous avions connu nettement plus inspiré semble arriver à un âge où l’inspiration commence à stagner. Son idée de faire que certaines scènes en parallèle se passent en dehors de l’avion fait que le rythme du film en pâtit sérieusement. Comme cet avion qui est prêt du crash aérien, son film n’arrive pas à son terme correctement eu égard à une idée de départ attractive. Hormis un karaoké très sympathique, le film n’est guère mémorable et nous donnerait plutôt l’envie de revoir le dyptique Y a-t-il un pilote dans l’avion et sa suite.

Vu le 01 avril 2013 au Gaumont Disney Village, Salle 10, en VF

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

Par Tootpadu 07/04/2013

Qu’est-ce qui reste à Pedro Almodovar, l’ancien enfant terrible du cinéma européen, maintenant que les sujets qui faisaient son fond de commerce subversif ont perdu leur potentiel scandaleux ? Il lui reste l’option des films de genre alambiqués et poisseux, tel La Piel que habito, ou bien des pétards mouillés comme ce film-ci. A moins qu’il ne s’agisse d’un pet mouillé, en référence à la blague gaie sur deux amants qui faisaient chaudement l’amour dans une tente à la Brokeback Mountain …, mais on s’égare. L’homosexualité est si tranquillement rentrée dans les mœurs – même si les esprits les plus étroits s’en offusquent encore, comme les manifestations récentes contre le mariage pour tous l’ont hélas prouvé – qu’il n’y a plus rien de choquant à montrer deux hommes en train de s’embrasser, voire de coucher ensemble.
Autrefois un fer de lance redoutable de cette contre-culture de la confusion des genres, le réalisateur espagnol s’est tellement assagi avec l’âge qu’il n’éprouve visiblement plus le besoin de montrer l’acte sexuel gay à l’image. Il est en quelque sorte rentré dans les rangs de la respectabilité veule, en laissant tomber toute inhibition à bord de l’avion en détresse une fois que les drogues auront fait leur effet, mais en se limitant à une représentation réduite de la sexualité. Pendant que les couples hétéros ont le droit de s’éclater au vu et au su de tous en pleine cabine, les homos sont cantonnés hors champs, aux toilettes ou dans la partie la plus basse et invisible du poste de pilotage. Notre constat est peut-être un brin trop pointilleux et susceptible à l’égard de la frilosité en matière d’égalité des sexualités, alors qu’il ne s’agit même pas du reproche principal que nous avons à faire aux Amants passagers.
Capable de nous fasciner jusqu’à présent par ses univers décalés et kitsch, Pedro Almodovar évolue dans ce film à peine au-dessus du niveau discutable d’une comédie ringarde comme Low cost de Maurice Barthélémy. Et le personnel navigant, et les passagers au bord du précipice sont des clichés ambulants en perte de vitesse. Leurs confessions intimes ne procurent de la satisfaction à personne, surtout pas à nous qui craignons devoir revoir à la baisse l’estime sans équivoque que nous éprouvions envers la filmographie de Pedro Almodovar. De son style inimitable, il en reste ici quelques bribes misérables, qui lorgnent dangereusement vers la parodie involontaire. Ce qui est tout de même un comble, quand on s’imagine une relecture farouchement gaie de la recette que le trio de réalisateurs ZAZ avait mise au point à partir des films catastrophes des années 1970.

Vu le 7 avril 2013, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 22, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques