Free Angela and all political prisoners
Réalisé par Shola Lynch (2013)
| Durée | 102 minutes |
| Sortie | 03/04/2013 |
| Note | 6/10 |
A la fin des années 1960, Angela Davis est une brillante intellectuelle afro-américaine. Elle perd son poste à l’Université de Californie en raison de son appartenance au parti communiste. Dès lors, son activisme politique se radicalise : elle sympathise avec les Black Panthers et participe aux manifestations en faveur des Frères de Soledad, trois prisonniers afro-américains accusés d’avoir assassiné un gardien. Quand le jeune frère d’un des détenus mène une prise d’otage dans un tribunal qui se solde par un bain de sang, Angela Davis est soupçonnée de lui avoir fourni les armes. Dès lors recherchée activement par le FBI, elle se cache pendant quelques mois, avant d’être incarcérée. Une mobilisation internationale sans précédent appelle alors à sa libération et à celle de tous les prisonniers politiques aux Etats-Unis.
La critique
Par Tootpadu 19/02/2013
La vie de cette femme d’exception est si riche en combats à mener contre une société uniforme et répressive, qu’il faudrait plusieurs documentaires pour en tenir compte intégralement. Celui de la réalisatrice Shola Lynch se concentre par conséquent sur l’épisode le plus marquant d’une existence au service d’un militantisme lucide. Les démêlés de Davis avec la justice ou l’administration pédagogique à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante sont le reflet fascinant d’une opposition ferme, voire radicale, à un statu quo que la guerre du Viêt Nam et plus tard l’affaire du Watergate ébranleront sérieusement. La voix de cette activiste de tous les combats, qui se joindra ultérieurement à celui pour l’égalité des gays et lesbiennes, ne s’est pas levée par pur opportunisme. Au contraire, elle n’a joué un rôle si crucial que grâce aux circonstances de l’époque, de son limogeage universitaire à la chasse à la femme guidée par des calculs politiques peu nets, qui l’avaient obligée de réagir passionnément, alors que Angela Davis aurait très bien pu se contenter d’œuvrer discrètement dans le cadre réduit de sa faculté de philosophie.
Est-ce que Free Angela and all political prisoners rend justice à ce moment charnier de l’Histoire américaine récente ? Le documentaire réussit en tout cas à recréer le climat d’une époque hautement instable, où le choc violent entre deux extrêmes aurait facilement pu mener à la guerre civile. Bien que certains choix formels nous paraissent peu habiles à la longue, comme ces titres de journaux découpés encore et encore, le propos global du film séduit par une sobriété qui se garde bien de basculer dans l’hagiographie béate. Il reste également dans le vague quant à l’origine réelle des preuves à charge, tout en soulignant l’impartialité du système judiciaire. Ce dernier serait donc le seul à entendre raison dans la folie polarisante post-’68 et à valider l’argument logique – une personne aussi instruite et versée dans les opérations militantes que Angela Davis n’aurait jamais commis l’erreur d’acheter les armes à son propre nom – contre toutes sortes de préjugés tendancieux.
Vu le 18 février 2013, au Club Marbeuf, en VO