Rêve et silence
Réalisé par Jaime Rosales (2012)
Drame
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 03/10/2012 |
| Note | 6/10 |
L’architecte Oriol et sa femme Yolanda, prof d’espagnol, vivent avec leurs deux filles à Paris. Pour les vacances, Oriol part seul avec l’aînée dans le delta de l’Ebre, au sud de la Catalogne, pour rendre visite aux grands-parents. Un terrible accident survenu sur le chemin du retour va bouleverser l’équilibre harmonieux de la vie familiale.
La critique
Par Tootpadu 01/10/2012
L’expression « regarder la peinture sécher » prend tout son sens dans ce film espagnol. Cela ne signifie pas forcément que l’on va s’ennuyer face au quatrième film du réalisateur Jaime Rosales, mais qu’il nous demande un effort supplémentaire afin de pouvoir profiter pleinement de sa force contemplative. Entre les quelques plans au début et à la fin de Rêve et silence, qui montrent le peintre Miquel Barcelo à l’œuvre, un artiste qui est justement connu pour ses aquarelles à la beauté abstraite, l’histoire minimaliste d’une tragédie familiale se déroule, elle aussi, dans un terrain vague aux modes de narration fascinants. L’expression épurée de la mise en scène s’y confronte constamment à la sublimation esthétique qui va de pair avec des prises en noir et blanc, jusqu’à créer une sorte de réalité seconde, tout à fait passionnante pour les spectateurs qui seraient prêts à adhérer à la forme éthérée du film.
La quête du réalisateur d’une réalité humaine absolue, qui se traduit par un mode opératoire sur le tournage se contentant systématiquement de la première prise afin de privilégier le naturel du jeu des acteurs, se heurte ainsi au choix esthétique de sortir l’authenticité de ces émotions de l’aperçu visuel de la réalité. Peut-être contrairement aux intentions de Jaime Rosales, le résultat final est alors d’autant plus enchanteur et éloigné de l’ennui que ses films précédents pouvaient distiller. Tandis que le vocabulaire formel se conformait trop mollement au refus de dramatisation dans les deux premiers films que nous avons pu voir du cinéaste, dans le cas présent c’est au contraire la vigueur plastique du film qui nous permet de mieux nous plonger dans l’intrigue, toujours contée d’une façon guère parcimonieuse en termes d’ellipses.
Le seul et unique élément perturbateur dans ce deuil impossible, qui éloigne surtout la mère du quotidien qui lui servait auparavant de repère existentiel, c’est la couleur. Sur un ensemble de seulement cinq plans qui ne sont pas en noir et blanc, si les quatre derniers, dédiés au tableau de l’artiste à la fin, nous paraissent comme un écho presque magique de la peinture du début, l’unique qui fait partie du récit à proprement parler – le grand-père dans la voiture après avoir emmené sa fille sur les lieux du drame – ne nous semble pas répondre à une logique narrative aisément compréhensible.
La quête du réalisateur d’une réalité humaine absolue, qui se traduit par un mode opératoire sur le tournage se contentant systématiquement de la première prise afin de privilégier le naturel du jeu des acteurs, se heurte ainsi au choix esthétique de sortir l’authenticité de ces émotions de l’aperçu visuel de la réalité. Peut-être contrairement aux intentions de Jaime Rosales, le résultat final est alors d’autant plus enchanteur et éloigné de l’ennui que ses films précédents pouvaient distiller. Tandis que le vocabulaire formel se conformait trop mollement au refus de dramatisation dans les deux premiers films que nous avons pu voir du cinéaste, dans le cas présent c’est au contraire la vigueur plastique du film qui nous permet de mieux nous plonger dans l’intrigue, toujours contée d’une façon guère parcimonieuse en termes d’ellipses.
Le seul et unique élément perturbateur dans ce deuil impossible, qui éloigne surtout la mère du quotidien qui lui servait auparavant de repère existentiel, c’est la couleur. Sur un ensemble de seulement cinq plans qui ne sont pas en noir et blanc, si les quatre derniers, dédiés au tableau de l’artiste à la fin, nous paraissent comme un écho presque magique de la peinture du début, l’unique qui fait partie du récit à proprement parler – le grand-père dans la voiture après avoir emmené sa fille sur les lieux du drame – ne nous semble pas répondre à une logique narrative aisément compréhensible.
Vu le 24 septembre 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10