A coeur ouvert

A coeur ouvert
Titre original:A coeur ouvert
Réalisateur:Marion Laine
Sortie:Cinéma
Durée:91 minutes
Date:08 août 2012
Note:
Mila et Javier sont tous les deux de brillants chirurgiens cardiaques, qui s’aiment passionnément depuis longtemps. Leur relation fusionnelle prend un premier coup, quand Javier est suspendu de ses responsabilités dans le bloc opératoire, à cause de son alcoolisme. Mila soutient autant qu’elle le peut son mari, mais elle se voit mal élever un enfant dans de telles conditions et décide, sans le dire à Javier, de ne pas mener à bout sa grossesse involontaire. Lorsqu’il apprend par le biais d’une collègue que sa femme souhaite avorter, Javier la supplie de ne pas le faire et promet de devenir un homme plus responsable.

Critique de Tootpadu

Comment une réalisatrice, qui avait fait preuve d’une maîtrise parfaite de l’austérité formelle dans son premier film très beau, peut-elle sombrer avec son deuxième dans un misérabilisme si grotesque et difficilement supportable ? La différence est en effet énorme entre le malheur discret qui avait imprégné chaque plan d’Un cœur simple et les forces mélodramatiques néfastes qui sont à l’œuvre dans A cœur ouvert. Alors que la souffrance était subtilement intériorisée dans le premier, elle se fraye un chemin de plus en plus ostentatoire et agaçant dans le deuxième. Par conséquent, les personnages se consument ici dans un trip autodestructeur de rage et de fureur, qui ne se traduit hélas jamais par une forme filmique à la hauteur d’autant de flagellation gratuite et répétitive.
Le récit de ce film de plus en plus écœurant, au fur et à mesure que l’histoire progresse vers l’implosion du couple, ne s’appuie guère sur une finalité dramatique. Il tente plutôt d’observer les différents stades d’une vie conjugale, qui bascule de la gaieté factice du début vers une forme de dépendance émotionnelle infiniment plus tortueuse vers la fin. Les influences venues de l’extérieur pour faire dérailler cette relation apparemment soudée s’avèrent d’autant plus anecdotiques que le drame se situe réellement à un niveau psychologique, jamais très loin de la névrose caricaturale. Entre l’ivrogne dépressif et la femme enceinte qui ne voulait jamais vraiment de cet enfant, l’échange atteint assez rapidement un niveau toxique qui étouffe irrémédiablement la narration. Le dénouement d’une théâtralité onirique tout à fait risible ne constitue alors que la cerise sur un gâteau qu’il ne nous viendrait jamais à l’esprit de recommander à qui que ce soit.
Les interprétations de Juliette Binoche et de Edgar Ramirez ne font qu’exacerber encore plus le malaise avec lequel ce film nous a assaillis sans ménagement. Alors que la première se plonge sans discernement notable dans les profondeurs d’un rôle, qui ne paraît être guère plus qu’une réaction incessante aux frasques de son pendant masculin, celui-ci ne profite que partiellement du talent volcanique de son acteur, faute d’un développement scénaristique qui irait au-delà des clichés habituels sur les alcooliques irresponsables.

Vu le 14 août 2012, au MK2 Quai de Seine, Salle 2

Note de Tootpadu: