Mille mots

Réalisé par Brian Robbins (2012)

Fantastique
Mille mots
Durée 92 minutes
Sortie 16/05/2012
Note 5/10

L’agent littéraire Jack McCallum est un beau parleur hors pair, qui adore le son de sa voix. Il croit que cette faculté de se tirer d’affaire sur le champ professionnel ou conjugal, grâce à la parole, lui donne tous les droits. Mais après avoir signé un contrat lucratif avec le gourou Sinja, il fait une drôle de découverte : un arbre a poussé comme par miracle sur la terrasse de sa maison luxueuse. Pour chaque mot qu’il profère, une feuille en tombera, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus et que Jack meure. Paniqué à l’idée de ne plus pouvoir communiquer, cet homme autrefois si bavard cherche par tous les moyens à rompre cette malédiction à l’issue fatale.

La critique

Par Tootpadu 12/05/2012

La carrière de Eddie Murphy, qui a tendance depuis des lustres à suivre une courbe en dents de scie, s’est bâtie sur deux capacités principales pour faire rire un public de moins en moins nombreux depuis ses jours de gloire dans les années 1980 : celle d’une tchatche incroyable et celle de produire des grimaces ahurissantes sur un visage à l’agilité inégalée, à l’exception éventuelle de celui de son successeur à peu près digne Jim Carrey. Ces deux talents sont successivement mis à profit dans son nouveau film, qui n’est en fait pas si nouveau que cela, puisqu’il a sommeillé sur les étagères de son studio pendant plus de trois ans. Nous ne lui en tiendrons point rigueur, puisque sa vedette ne se renouvelle de toute façon plus depuis longtemps et qu’un Eddie Murphy, cru 2009, ne diffère guère d’une version légèrement plus récente. L’essentiel est que l’acteur s’en donne à cœur joie lors des deux premières étapes de Mille mots, qui consistent d’abord à faire parler son personnage à tout va, avant de l’obliger à s’exprimer par des mimes et des gestes pour communiquer avec son entourage, ignorant de sa malédiction.
Jusque là, tout va bien, ou presque. L’humour d’Eddie Murphy est toujours aussi peu fin, mais il y persiste un certain côté bon enfant, qui permet de se divertir sans effets secondaires. Les choses dégénèrent par contre sérieusement, dès que le récit adopte un ton atrocement sirupeux, censé conférer un fond philosophique à l’aventure abracadabrante de cet homme, qui n’est plus en phase avec lui-même à force de courir après la manifestation narcissique de son succès. Le précepte qui incite à peser ses mots avant de dire une bêtise a déjà connu des représentations cinématographiques réussies, notamment au tout début de Pandora de Albert Lewin, à travers la citation d’un quatrain d’Omar Khayyam. Ici, il sert de prétexte à un message consensuel, qui est véhiculé d’une manière particulièrement indigeste par le biais de champs ensoleillés et de rencontres fantastiques, au potentiel larmoyant exploré sans retenue.
Eddie Murphy est un comédien accompli, soit, et nous sommes prêts à le suivre dans ses errements filmiques les plus pénibles. Ce film-ci n’en fait heureusement pas partie, mais le traitement pesant de son volet spirituel est clairement plus éprouvant que l’approche satirique adoptée autrefois par Mister G., à une époque où la carrière de sa vedette battait déjà tout autant de l’aile qu’elle ne le fait actuellement.

Vu le 3 mai 2012, à la Salle UIP, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques