Perfect sense

Perfect sense
Titre original:Perfect sense
Réalisateur:David Mackenzie
Sortie:Cinéma
Durée:92 minutes
Date:28 mars 2012
Note:
Une étrange épidémie se propage à travers le monde : les patients sont pris d’une crise de tristesse aiguë, avant de perdre l’odorat. La scientifique Susan a beau enquêter sur ce phénomène préoccupant, elle n’y trouve aucune explication, alors que toute l’humanité en est atteinte au fil de quelques jours. Juste avant d’être infectée, elle fait la connaissance de Michael, un chef de cuisine qui travaille au restaurant en bas de chez elle. Même s’ils ont tous les deux un lourd passé sentimental, cette situation de crise, à laquelle les hommes savent s’adapter assez rapidement, privilégie une romance entre eux qui devient de plus en plus intense au fur et à mesure que le virus s’attaque aux autres sens.

Critique de Tootpadu

Blindness puissance cinq : telle n’est pas vraiment l’approche choisie par le nouveau film du réalisateur David Mackenzie, de retour en Ecosse après une petite escapade sans conséquences à Hollywood. Le microcosme social en sursis, étudié par le film de Fernando Meirelles, se voit en effet rétréci d’un cran supplémentaire, pour ne tourner désormais qu’autour d’une intimité répondant aux règles d’un quotidien sans lendemain assuré. Le monde entier a beau y courir à sa perte, la narration se concentre presque exclusivement sur la relation tumultueuse entre les deux personnages principaux, qui adopte du coup le rôle d’une sorte de catalyseur pour l’hystérie ambiante. Cette urgence, accrue par l’appréhension d’un handicap de plus en plus difficile à supporter, tient en haleine un récit étonnamment pauvre en action, qui se démarque en ce sens des films catastrophes habituels, en proie à une panique et une paranoïa généralisées face à la contagion.
Perfect sense tente en effet le grand écart, entre le vécu subjectif d’un malheur sans issue et la réaction collective à un changement de donne d’abord pas si pénalisant que cela. Perdre la faculté de sentir ne serait en effet pour la plupart des personnes pas un drame insurmontable, tandis que la privation de la vue, par exemple, mènerait à un dérèglement plus contraignant de notre autonomie sociale. Les différents dispositifs formels auxquels le réalisateur fait appel pour mieux documenter cette lente descente inexorable vers l’impuissance existentielle sont employés d’une manière à la fois efficace et superficielle. Les trouvailles visuelles ne manquent pas dans ce film au ton sourdement apocalyptique, comme tous ces plans qui sont censés souligner le sentiment de solitude dans un décor urbain impersonnel ou celui des deux visages au lit, qui se complètent à travers un trompe-l’œil astucieux. En même temps, l’esthétique des clichés pris sur le vif et la caméra qui fait des mouvements tremblants pour évoquer une vague forme de point de vue subjectif relèvent d’une superficialité formelle pas entièrement à la hauteur du sujet traité. Là où la mise en scène aurait réellement pu se montrer audacieuse, en nous laissant par exemple dans un silence total pendant les vingt dernières minutes du film ou dans un noir complet et sans son lors de l’épilogue, elle n’ose pas trop bousculer nos habitudes d’être guidés tout au moins par la musique ou la voix off.
David Mackenzie n’a pas fini de nous surprendre. Après des débuts difficiles, tellement leur prétention artistique ne nous inspirait que de l’ennui, une amélioration notable suivie de la rechute américaine dans quelque chose de plus affecté, il nous présente ici son film le plus abouti à ce jour. Il n’y a pas non plus de quoi crier au chef-d’œuvre, mais ce conte attachant sur une fin des temps, ou plutôt la fin du règne humain sur la chaîne alimentaire, qui arrive si progressivement que l’humanité croit pouvoir y échapper ou s’y adapter, ravive assez subtilement notre peur enfouie de perdre des facultés que nous considérons comme acquises.

Vu le 21 mars 2012, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Tootpadu:

Critique de Mulder

Le cinéma de genre anglophone a son propre vocabulaire visuel et textuel dans le sens, qu'il ne s'adapte pas forcément au langage cinématographique américain, qu'il se base plus sur le ressenti des acteurs principaux que sur la surenchère des effets spéciaux. Après les mémorables 28 jours plus tard, 28 semaines plus tard et The Descent, le cinéma anglais frappe très fort sur un film pourtant intimiste et humaniste à la fois.

Le réalisateur David Mackenzie, dont le précédent film Toy boy n'avait pas laissé un souvenir mémorable dans nos mémoires, réussit non seulement à nous livrer à ce jour son meilleur film, mais en plus sur le scénario d'un pur inconnu, Kim Fupz Aakeson pourtant scénariste prolifique dans le cinéma indépendant (douze scénarios adaptés à l'écran). Ce film de science-fiction, d'une approche très intimiste et même clinique, sur un nouveau type de virus détruisant au fur et à mesure nos cinq sens, se penche plutôt sur une histoire romantique, réunissant une scientifique (la sublime Eva Green) et un cuisinier reconnu (Ewan McGregor, une nouvelle fois parfait). Le fait de perdre leurs sens sera-t-il la cause de leur séparation ou permettra-t-il à ces deux êtres de s'unir contre ce fléau ? Le film nous le dira via sa conclusion d'un pessimisme rare. Loin des règles établies par le genre de la science-fiction et de la comédie dramatique, Perfect sense réussit magistralement à s'imposer comme un futur classique de la science-fiction.

Le postulat du film remet en cause la nature de l'être humain, par le fait que, malgré la perte progressive de ses cinq sens, celui-ci devra continuer à survivre dans un monde qu'il n'arrivera plus à maîtriser. Par notre nature et notre société actuelle, le réalisateur montre bien que nous nous rendons pas compte de la chance que nous avons d'avoir ces cinq fameux sens qui rendent notre quotidien humainement valable. Comme les grands films de science-fiction qui ont marqué nos mémoires (Soleil vert, New York 1997), Perfect sense s'impose comme une réussite majeure du cinéma de genre actuel.

Un film à découvrir d'urgence, qui vous fera changer la façon de voir le monde !

Vu le 20 février 2012, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Mulder: