Maîtresse

Réalisé par Barbet Schroeder (1975)

Interdit aux moins de 16 ans, Comédie érotique
Maîtresse
Durée 112 minutes
Sortie 28/04/1975
Note 6/10

Olivier monte à Paris. En attendant de trouver un vrai travail, il s’associe avec Mario, un ancien ami, qui fait du porte-à-porte pour vendre des livres d’art. Après avoir secouru Ariane, une cliente potentielle, lors d’un dégât des eaux, les deux amis cambriolent l’appartement en dessous du sien dont la propriétaire serait partie en vacances. Le butin est dérisoire, puisque tout ce que les voleurs amateurs trouvent c’est une panoplie d’outils destinés à des jeux masochistes. De surcroît, ils se font prendre en flagrant délit par Ariane, descendue en plein accoutrement de dominatrice par un escalier caché. Le courant passe néanmoins entre cette prostituée de luxe et Olivier, qui s’installe chez elle sans comprendre grand-chose à son travail de maîtresse, qui exauce les fantasmes de soumission les plus tordus de ses clients.

La critique

Par Tootpadu 17/03/2012

Sensation de dépaysement garantie dans ce quatrième film de Barbet Schroeder. Ce ne sont pas uniquement les alentours de la Gare d’Austerlitz, que l’on voit au début de Maîtresse, qui ont changé depuis le milieu des années 1970, mais surtout le regard sur une sexualité « déviante », dans le sens neutre qu’elle s’écarte des pratiques courantes et communément admises comme érotiques. Montrer la différence dans le domaine épineux des mœurs n’a jamais été une mince affaire au cinéma, avant tout parce que la pudeur publique a rarement su aborder des pratiques qui sortent du lot autrement que par la raillerie ou, pire encore, depuis un point de vue moralisateur qui se croit permis de juger ces pratiques fétichistes entre adultes consentants. Certes, l’humour n’est guère absent de cette comédie douce-amère, mais on y sourit au moins autant des maladresses d’Olivier, littéralement notre porte d’accès à cet univers étrange, que des jeux de soumission gentiment abérrants.
Mieux vaut en effet ne pas avoir froid aux yeux pour supporter les excès les plus douloureux des jeux de rôles pervers qu’Ariane inflige à ses esclaves, comme le pénis cloué sur une planche. Cette quête de plaisir au tréfonds de l’humiliation charnelle, étroitement liée à une forme de commerce qui fleurit à l’ombre de la bienséance, évite en même temps le côté hautement déplaisant qui allait rendre un an plus tard les tortures fascistes de Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini si insupportables. Il serait exagéré d’exempter ce film libertin, sorti directement de l’imagination d’un réalisateur dont l’œuvre américaine s’intéressera – par choix ou par obligation – à une forme plus larvée de la déviance morale, de toute vocation voyeuriste. Toujours est-il que le propos du film se garde soigneusement de dénigrer les adeptes d’une sexualité débridée.
A bien y regarder, le donjon et toutes ses activités à la fois illicites et explicites ne forment que le décor passablement sulfureux du théâtre de dépendance et de rapports de force autrement plus complexes qu’est la romance atypique entre le voyou et la putain. Très tôt, un fascinant jeu d’attirance et de méfiance s’établit entre les deux personnages principaux, qui maintient l’intrigue à flot sans faire trop d’effort. Il suffit alors de deux comédiens au sommet de leur art, une Bulle Ogier mystérieuse et grâcieuse à la fois et un Gérard Depardieu dont la fraîcheur, la sensualité, voire l’innocence juvéniles nous font encore plus amèrement regretter ses frasques récentes de vedette sur le déclin, pour que l’on soit conquis par cette comédie à la vulgarité pétillante.

Vu le 16 mars 2012, au Magic Cinéma, Salle 1, Bobigny

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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