Folie Almayer (La)

Réalisé par Chantal Akerman (2012)

Drame
Folie Almayer (La)
Durée 127 minutes
Sortie 25/01/2012
Note 6/10

Le marchand Kaspar Almayer a toujours voulu ce qu’il y a de mieux pour sa fille Nina, qu’il a eue avec sa femme indigène et mal aimée. Quand son ami, le capitaine Lingard, vient sur sa plantation loin de tout, afin d’emmener Nina en ville pour qu’elle y reçoive une éducation de blancs, Almayer tombe dans un désarroi profond. Même le retour de Nina, devenue entre-temps une femme adulte, ne pourra lui enlever sa conviction intime d’avoir raté sa vie dans ce pays quelque part en Asie. Il reprend alors son vieux projet de chercher de l’or dans la jungle, avec l’assistance du bandit Daïn, qui ne tardera pas à séduire Nina.

La critique

Par Tootpadu 01/02/2012

Apocalypse now de Francis Ford Coppola est à ce jour la plus célèbre des adaptations cinématographiques des romans de Joseph Conrad. Sensiblement plus intimiste que cette épopée guerrière à la démesure légendaire, le nouveau film de la réalisatrice belge Chantal Akerman en préserve néanmoins l’essence de l’étrange fascination, depuis le point de vue occidental, de l’exotisme impénétrable de l’Asie. La présence des étrangers dans cette région reculée n’y sert pas de prétexte pour un rapprochement bien intentionné entre les peuples. Elle symbolise davantage le point final d’un parcours de vie aux mauvais choix trop nombreux pour atterrir ailleurs que dans ce coin paumé au climat suffocant. Ce cul-de-sac existentiel conduit forcément à une forme plus ou moins aiguë de folie, que ce soit le délire messianique du colonel Kurtz ou l’agonie dépressive dans laquelle se morfond le protagoniste de ce film-ci.
Le peu d’action qui agite mollement le récit de La Folie Almayer, tel les dernières convulsions d’un corps moribond, n’est par conséquent qu’un effet secondaire de l’ambition plus abstraite de ce film exigeant. A travers un regard magnifiquement contemplatif, qui observe l’immobilité des personnages et des décors avec la même passion que les différents motifs autour de l’eau, Chantal Akerman exerce un pouvoir de sorcellerie filmique comme peu de cinéastes osent encore le faire. La beauté plastique de la plupart des plans très longs et aux mouvements organiques renvoie ainsi aux films tout aussi opaques de Claire Denis, sauf que la sublimation de la joie et des peines de la vie humaine ne paraît pas forcément figurer dans le cahier des charges de ce film hypnotisant. Par son ton aux déclamations mi-théâtrales, mi-poétiques, il s’emploie plutôt à la création d’un artifice complet, dans lequel la folie du père et le dégoût de la vie de la fille métissée pourront expirer tranquillement.
L’échec commercial de ce film atypique n’a rien de mystérieux. La prétention artistique de la mise en scène en demande certainement un plus grand effort au spectateur que celui-ci a l’habitude de fournir dans notre époque des bouillons de culture facilement accessibles. Pourtant, à condition de se laisser porter par la douce musique de ce film, on pourrait bien y dénicher quelques perles cinématographiques d’une sensualité agréablement poisseuse, infiniment plus enivrantes que les relents d’un certain état d’esprit réactionnaire, voire raciste, à l’origine de cette histoire tortueuse.

Vu le 1er février 2012, au Lincoln, Salle 3, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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