Jig
Réalisé par Sue Bourne (2011)
| Durée | 97 minutes |
| Sortie | 30/11/2011 |
| Note | 6/10 |
A quelques mois des 40èmes championnats de danse irlandaise, qui se sont tenus en 2010 à Glasgow, tous les participants se préparent fiévreusement à cette compétition mondiale. Que ce soient les enfants Brogan, Julia, et John, qui sont déjà, en dépit de leurs dix ans, de vrais danseurs de haut niveau, les garçons adolescents Joe et Sandun, qui font fi de leurs origines pour se classer parmi les dix danseurs les mieux notés de leur tranche d’âge, ou bien un groupe d’adultes venu de Russie et les trois jeunes femmes Claire, Simona, et Suzanne, qui s’affrontent depuis des années sans qu’il y en ait une qui soit clairement meilleure que les autres : ils rêvent tous d’impressionner les juges avec leurs chorégraphies et de repartir avec le trophée de cette discipline rendue populaire par le spectacle « Riverdance ».
La critique
Par Tootpadu 07/11/2011
Aussi impliqués les filles et les rares garçons qui ont le privilège de participer au championnat du monde soient-ils, leur passe-temps relève néanmoins d’une activité qui n’a de l’importance que pour ceux qui s’y intéressent de près. Il n’y a pas de doute que les plus prodigieux d’entre eux, comme Joe Bitter, trouveront un jour leur place dans les troupes professionnelles de « Riverdance » ou d’autres spectacles semblables, à condition que l’engouement du public pour pareil divertissement perdure. Mais pour la plupart d’entre eux, leur engagement dans ce monde assez renfermé, qui ressemble pour le non-initié à une compétition de sosies de Shirley Temple, n’apportera au mieux qu’une satisfaction personnelle. A première vue, aucune récompense lucrative n’accompagne en effet le couronnement des meilleurs danseurs, peu importe qu’elle soit de l’ordre d’une somme au moins symbolique ou d’une opportunité de côtoyer les vrais danseurs. L’abnégation draconienne avec laquelle les enfants, les adolescents, et quelques adultes se soumettent aux exigences physiques et sociales de cette danse devient alors d’autant plus exemplaire.
Jig ne cherche pourtant pas à être un documentaire bêtement édifiant. La force de son sujet et la complémentarité très réussie des destins des passeurs de cette passion, en fin de compte interchangeable avec tout autre centre d’intérêt qui n’a pas d’importance dans l’absolu mais auquel ses adeptes vouent un culte monomaniaque, rendent pourtant le documentaire de Sue Bourne à la fois attachant et enthousiasmant. Que les résultats de la compétition évoquée aient été relativisés depuis par ceux de l’année suivante et que le déroulement précis des différentes étapes du championnat reste dans le flou à cause du nombre conséquent de candidats individuels à accompagner dans leurs épreuves respectives, cela importe finalement peu dans la vision plus large d’une ambition dévorante pour un but qui est avant tout à même de procurer un épanouissement personnel, le seul qui importe réellement.
Il n’empêche que dans toute l’euphorie de l’annonce des résultats, glorieux pour les uns et décevants pour les autres, la caméra est une observatrice assez fine pour voler quelques instants de dépit et de jalousie, qui mettent dans une perspective agréablement humaine, et donc faillible, cette course effrénée et idéaliste à une conception après tout dérisoire de la perfection.
Vu le 2 novembre 2011, au Club Marbeuf, en VO