Laïcité inch'allah

Réalisé par Nadia El Fani (2011)

Documentaire
Laïcité inch'allah
Durée 71 minutes
Sortie 21/09/2011
Note 6/10

En août 2010, la réalisatrice Nadia El Fani rentre dans son pays d’origine, la Tunisie, afin de faire un film sur l’observation assez rigoureuse du Ramadan, le mois saint du jeûne musulman. Deux-cents jours plus tard, après la chute du régime Ben Ali, elle y retourne pour dresser le bilan provisoire de la révolution, qui offre l’opportunité inespérée de façonner une nouvelle constitution, basée sur un idéal laïque.

La critique

Par Tootpadu 31/08/2011

Le plus grand avantage du documentaire par rapport à la fiction, c’est que ce genre tributaire de la réalité s’en nourrit si étroitement, qu’il devrait réagir à l’improviste, si jamais la donne de son sujet changeait au cours du tournage. Sans la révolution de jasmin, Laïcité inch’allah n’aurait probablement été qu’une mise en garde supplémentaire – utile mais redondante – sur la montée de l’intégrisme islamique dans les pays maghrébins. Les événements du début de cette année ont donné des ailes à l’enquête entreprise par la réalisatrice Nadia El Fani. De l’élément gênant qu’elle était il y a tout juste un an, qui doit être surveillé de près par un policier et qui soulève l’indignation quand il pénètre avec sa caméra dans un café où des hommes cassent le jeûne en secret, elle s’est muée en une activiste fervente d’un nouvel ordre des choses, dans un pays qui n’est peut-être plus tout à fait le sien, mais dont le sort politique et social lui tient visiblement à cœur.
Le soupçon de l’opportunisme n’est jamais bien loin, quand on devient par hasard le témoin privilégie de l’Histoire et qu’on cherche à en tirer profit. Or, conférer de la légitimité à cette accusation, cela revient à prétendre que le point de vue de la réalisatrice de ce documentaire-ci n’existe pas en dehors du moment propice à l’enregistrement d’un chapitre unique dans l’Histoire du peuple tunisien. L’inclusion des prises d’avant la révolution, dont la pertinence est désormais balayée par le vent du renouveau, permet cependant de créer un contexte précieux et passablement instructif, que la couverture médiatique prise au piège du compte rendu immédiat est souvent incapable de fournir. Il faut en effet connaître le passé pour mieux préparer l’avenir, une tâche à laquelle la réalisatrice s’applique sans optimisme démesuré.
Ainsi, elle souligne la chance que ses compatriotes ont de partir sur des bases relativement saines, en comparant la situation en Tunisie avec la sévérité des mœurs – vue à travers le prisme du Ramadan – dans d’autres pays musulmans. Le chemin à parcourir est encore loin, avant d’atteindre le but d’une société qui ne se soumettra plus aux impératifs religieux, peu importe que ce conformisme soit motivé par l’hypocrisie, la lâcheté, ou l’indifférence. Personne ne sait comment l’élan progressiste, qui avait permis aux Tunisiens de jouir du rôle de précurseur historique, s’articulera sur la durée, quand l’euphorie des premières victoires symboliques se sera estompée. Il faudra certainement des hommes et des femmes persévérants comme Nadia El Fani pour remettre tout un pays sur les rails d’une démocratisation éclairée. En attendant, un documentaire plutôt passionnant est né de cet état de suspension dans une période de bouleversements profonds. Il fonctionne à la fois en tant que témoignage sur l’instabilité actuelle et comme pamphlet engagé en faveur d’un consensus constitutionnel, qui n’exclurait plus ceux et celles réticents aux pratiques religieuses imposées.

Vu le 31 août 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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